Le Pitch.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 3 octobre 2008

Dans sa chair




Je viens de finir la lecture d’Une éducation libertine, le premier roman d’un jeune auteur de cette rentrée. Il s’appelle Jean-Baptiste Del Amo, il a vingt-six ans, l’âge idéal selon Brigitte Fontaine, et son nom est sur toutes les bouches du milieu médiatico-littéraire. Il a été sélectionné pour le Goncourt, a des bons papiers partout, passe bien à la radio et à la télévision, est affable et plutôt bien fait de sa personne. Je me demande comment il vit cette surexposition, ce succès soudain. Dimanche dernier, je l’ai entendu coup sur coup, à une demi-heure d’intervalle, sur RTL et Europe 1, se prêter avec aisance au jeu des questions et de la promotion, étape obligée vers le succès public. Ainsi, on le force un peu à endosser le rôle de son personnage de fiction, le jeune Gaspard, qui cède ses charmes au tout-venant, prêt à endurer ce qu’il exècre au plus profond de lui-même afin de gravir les échelons de l’ascension sociale. Évidemment, la comparaison peut sembler a priori grossière voire insultante à l’encontre de cet écrivain, pour qui j’ai pourtant beaucoup d’estime. Mais tout artiste, tout auteur est confronté à ce genre de questionnement à un moment ou un autre quand il se plie à ce jeu-là. Certains s’en accommodent plus que d’autres, certains aussi font sans doute mieux semblant. Comme la plupart des écrivains d’aujourd’hui, Jean-Baptiste Del Amo sait se vendre. Je serais bien ingrat de le lui reprocher, puisque c’est grâce à cette « promotion » que je suis venu à sa rencontre. Plus exactement, une amie m’a parlé de lui après avoir lu une critique de son livre dans un magazine littéraire. Dans l’expérience de l’après-livre, Del Amo, au fond, a la chance de pouvoir se reconnecter à son œuvre, qu’il a pourtant laissée derrière lui : en vendant les charmes de son roman (un des journalistes ce dimanche évoquait même le terme de speed dating !), il se rapproche plus près du personnage de Gaspard et lui redonne vie, prolongeant celle-ci au-delà même de la fiction. On demande toujours aux romanciers, un peu stupidement, quelle est la part biographique de leur œuvre. Je ne sais pas dans quelle mesure Une éducation libertine est personnel mais à le lire on sent une évidence dans l’écriture, une précision dans le langage des sensations et sentiments telle qu’il est impossible de ne pas voir l’auteur s’exprimer à travers Gaspard. La prostitution, ici, est présentée comme un avilissement mais aussi, c’est intéressant, comme un instrument de pouvoir. Mais il n’est pas seulement question de cela. Il s’agit d’un roman d’apprentissage, comme Del Amo le dit lui-même. La ville n’est qu’un prétexte à l’éclosion d’une vie, d’une personnalité. Elle le révèle à lui-même, réveille son moi profond. Le parcours dans ce Paris putride du XVIIIe siècle, prérévolutionnaire, ressemble à une quête personnelle. Il est question de lieux de perdition, des lieux où le héros se perd, se retrouve, au fil des rues, des rencontres et des résonances intérieures qu’elles dispensent. À travers les résurgences de son passé, qui affluent régulièrement à son esprit comme des couleurs, c’est aussi son destin qui est questionné. La ville transforme-t-elle Gaspard, jeune provincial naïf, ou libère-t-elle le monstre en lui ?

Dommages et intérêts


Elle pourrait incarner le mal absolu, démone au regard qui tue, traits figés et sourire de glace. Il suffit de constater les dommages collatéraux qu'elle sème autour d'elle, tout cela au nom du "bien", pour saigner les salauds, les tyrans, ceux qui construisent leur empire en lésant les plus faibles. Dans la série judicière Damages, Glenn Close, la garce ultime, fait des merveilles, en alternant le chaud et le froid. C'est impressionnant de voir à quel point elle inspire des sentiments ambivalents, à la fois la terreur et la sympathie, voire l'empathie, un comble au vu des horreurs qu'elle est amenée à commettre, ou qu'elle provoque... Dans la réalité, on connaît, on a tous connu des manipulatrices, prêtes à tous les excès pour parvenir à leurs fins. C'est étonnant, parfois, de voir les sentiments que ces filles-là inspirent. Pour ma part, un mélange de fascination et de répulsion. Patty Hewes, incarnée par celle qui fut une sublime marquise de Merteuil chez Frears, en est la quintessence. Glenn Close (Golden Globe de la meilleure actrice cette année) vous foudroie sur place en un regard et retourne une situation, vous amène dans ses filets en aussi peu de temps. C'est jouissif de la voir opérer dans la fiction mais on frissonne à l'idée même de la rencontrer dans la vraie vie. Pour moi qui suis friand, dans la fiction, des garces glacées, celles qui enfouissent leur reste d'humanité au plus profond d'elles-mêmes, celles qui se cachent pour souffrir, la saison 1 de Damages a donc été un grand moment. J'en jubile encore.