
New York me poursuit, ou bien c'est moi. En tout état de cause, elle se rappelle régulièrement à mon souvenir. En effet, après avoir découvert Jeff Koons au sommet du Met, en plein Central Park, je l'ai retrouvé le week-end dernier au palais de Versailles. Les petits-bourgeois de la commune s'offusquent de la présence de ces "horreurs" dans ce temple de la noblesse et du classicisme. D'autres s'indiffèrent, trouvant ça tout simplement "moche" ou sans intérêt. Moi, je trouve ça plutôt plaisant, souvent pertinent et impertinent. Dans le déluge de luxe, la préciosité des étoffes, des lustres et des ors, un peu de plastique a l'avantage de remettre les idées en place, de réveiller le regard. Versailles multiplie les excès, la débauche de moyens à l'attention du roi, lui rendant indirectement ou non hommage dans chacune de ses chambres, chaque couloir : murs, plafonds, parquets, tout est uniformément parfait. A la longue, cette perfection peut devenir lassante. Alors, quand l'autoportrait Koons, un buste de marbre assez laid, trône au milieu du salon d'Apollon, c'est comme un juste retour des choses. Koons squatte Versailles, il repartira avec ses babioles et bibelots avant Noël et en attendant il a bien le droit d'afficher sa mine fière dans les salons royaux, puisqu'il a directement imprégné les lieux de son art. C'est vrai qu'il vole un peu la vedette aux Louis, c'est lui qu'on photographie, lui qui fait pousser des "ah" et des "oh" aux visiteurs, mais c'est aussi grâce à lui qu'on a envie de voir ou revoir le château, d'apprécier ses chefs-d'oeuvre, et qu'on remarque certains détails d'habitude noyés dans le faste d'ensemble.
Elle est pas belle, la vie ?