Cinéma vérité
Par Julien Grunberg, mardi 14 octobre 2008 à 17:46 :: Cinéma :: #22 :: rss

Ces jours-ci je me demandais si j'allais parler des deux films, tous les deux excellents, que j'ai vus récemment au cinéma : Entre les murs de Laurent Cantet et Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. D'abord parce qu'ils ont fait couler beaucoup d'encre et tapoter moult claviers. Dans ces conditions je me demande toujours ce que je peux apporter de plus quand un déluge de critiques s'abat sur une oeuvre. A quoi bon répéter ce que d'autres ont dit, plus ou moins différemment, avant vous... Et puis il y a aussi le syndrôme Amélie Poulain : tout le monde l'a vu, presque tout le monde l'a aimé (du moins à l'époque) et tout le monde en a parlé, ce qui a tendance à rebuter les snobs qui n'aiment pas trop se fondre dans la masse. C'est un peu comme New York, ou Venise, dans un autre genre : qu'ajouter, que traduire de neuf quand tant d'autres avant et après nous l'ont fait et continueront à le faire pendant longtemps. Ceci étant dit, je suis suffisamment réaliste pour savoir que mon témoignage ne dit rien de neuf. Heureusement la question ne se pose pas quand on écrit ou qu'on s'exprime, d'une manière ou d'une autre : d'ailleurs, quand on le fait, c'est déjà trop tard. A ce jeu-là, on finit par ne rien dire, ne rien penser, et on s'enterre, on hiberne en attendant une autre vie, celle où l'on sera un génie. Voilà pourquoi je n'ai toujours pas dit un mot, hormis excellent, à propos de ces deux films populaires qui chacun dans leur genre m'ont beaucoup plu, remué, amusé, et même troublé. Je ne vais pas m'étendre. L'un et l'autre ont cette qualité plutôt rare de dire, ou plutôt de montrer des choses nouvelles, inédites, que ce soit sur l'école ou la confusion des sentiments. L'un comme l'autre se dispensent de donner des leçons, c'est le cas de le dire, ni d'émettre de jugement sur leurs sujets, encore moins sur leurs personnages. C'est simplement la vie qui est à l'oeuvre, insaisissable, pleine d'espoirs, de désillusions, de rires, de pleurs, la nature humaine dans toute sa complexité, avec ses contradictions, ses bassesses, ses demi-teintes, ses lâchetés, parfois ses fiertés. Pas de quoi en tirer une morale, chaque spectateur est livré à ses propres doutes, ses questions, libre de toute interprétation. On peut penser que le professeur d'Entre les murs est un laxiste-paumé impuissant face à l'échec scolaire ou un formidable éveilleur de personnalité, que le couple à trois filmé par Woody Allen est pathétique, malsain ou au contraire débordant de sensualité et libérateur (comme le professeur-François Bégaudeau, un élément révélateur), tout est permis. Dans ce cinéma-là il n'y a pas de vérité définitive mais juste des parcours, des expériences de vie qui font sensiblement écho aux nôtres, et on les remercie pour ça.
Je viens tout juste de remarquer le sous-titre de l'affiche du Woody Allen : " Life is the ultimate work of art". Tout est dit.
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