En règle générale, je préfère écrire sur ce que j’aime. Je garde les mauvaises impressions pour moi, considérant que déverser sa bile revient à une perte de temps qui s’ajoute à celui passé sur l’œuvre parcourue : livre, film, etc. Et puis, à cette époque où la haine et le dénigrement sont plus que jamais dans l’air, j’ai peu envie d’en rajouter. Mais, il y a un mais, dire du mal n’a pas qu’une fonction défoulatoire – un mot qui n’existe pas, mais plus parlant que d’autres. Dire du mal quand on est plus souvent habitué à dire du bien, c’est aussi remettre en perspective ce dont on parle, ce qu’on éprouve. J’ai autant de mal avec la promo, le consensus mou autour de certaines œuvres, qu’avec certains forums sur le Net où chacun y va de son haro aigri, souvent en toute mauvaise foi voire sans savoir de quoi ni de qui il est question. J’aime en revanche les critiques constructives (récemment Catherine Deneuve l’a plus ou moins formulé comme ça, dans le magazine Première). Je crois aussi qu’on peut assassiner et respecter, médire sans mépriser. Souvent on lit des lignes dédaigneuses à propos de tel ou tel artiste qui renseignent surtout sur la psychologie de leur auteur, moins sur l’artiste en question. Bon, tout ça pour dire que j’ai envie de dénigrer, à ma façon, la série américaine Ugly Betty. J’avais adoré la première saison pour son inventivité, sa méchanceté, son absence de psychologie, justement, avec ses personnages plus vrais que nature car caricaturaux, théâtraux, aux traits volontairement forcés. Je suis au milieu de la deuxième et il m’arrive de bâiller, voire de soupirer devant les aventures de Betty chez Mode, un Vogue fictif. Les méchants certes sont toujours aussi pathétiques et irrésistibles mais les situations ont tendance à s’enliser, les dialogues sont parfois poussifs et les bons sentiments, qui ont tendance à prendre le pas, n’apportent rien de neuf à l’ensemble. C’est tout le problème des séries : comment se renouveler sur la longueur tout en gardant une base qui ne peut pas bouger... L’ennui guettant, je ne doute pas que les scénaristes vont tenter d’y remédier, mais j’ai peur que tout ait été dit dans cette série drôle mais un peu superficielle, aux ressorts limités mais surexploités. Les Anglais, souvent responsables des meilleures séries (Ab Fab, Skins, Bob and Rose, Torchwood…) savent, eux, s’arrêter à temps, quitte à nous frustrer pour mieux nous faire languir.