Le Pitch.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 23 novembre 2008

Le mal et le bien



J'étais un peu prévenu avant d'y aller. Le dernier Clint Eastwood avait, selon une partie de la critique, tendance au tire-larmes, au chantage à l'émotion, etc. En général, ceux qui adoptent ce point de vue sont aussi ceux qui rejettent en bloc son cinéma, qu'ils trouvent chargé, pour ne pas dire lourd, voire ampoulé. Ce n'est pas mon cas, j'adore Eastwood, notamment ses récents films, Mystic River, Million Dollar Baby... Et j'adore les émotions fortes, rares au cinéma, qu'ils me procurent, violentes, excessives mais compensées par l'intelligence, l'acuité du regard du réalisateur. Je me suis donc préparé à L'Echange avec un a priori plutôt positif, l'homme n'ayant jamais fauté à mes yeux. Cette fois, c'est étrange, mon sentiment est clairement coupé en deux. J'ai été saisi par le personnage magnifiquement interprété par Angelina Jolie, son naturel, sa vérité dans le drame. Elle dégage une force telle qu'il est impossible de ne pas ressentir le moindre de ses sentiments. Le sujet, d'après une histoire vraie, est délicat : c'est une femme amputée de la perte de son enfant, disparu dans des circonstances inconnues. La police de Los Angeles, incompétente, veut aussitôt lui refourguer un enfant de substitution, sans avoir vérifié de qui il s'agissait et tout en niant le point de vue de la mère, qui ne le reconnaît pas et refuse de le faire, à juste titre. C'est évidemment révoltant pour toute personne dotée d'un minimum d'humanité et on pourrait reprocher à Eastwood de faire de l'émotion facile. Pourtant, ce n'est pas ce qui m'a posé problème. Le parcours de Jolie / Christine Collins est de ce point de vue très intéressant, elle traverse des sentiments contradictoires, elle est manipulée, et stigmatisée en tant que femme (le film se passe dans l'Amérique de la fin des années 1920) et mère. Les séquences d'hôpital psychiatrique font froid dans le dos mais elles sont nécessaires pour comprendre l'absurdité d'un système qui renvoie au dysfonctionnement de la société en général. On peut même y voir des résonnances très actuelles, appliquées à notre propre pays. Dans la souffrance, l'endurance de son personnage principal, Eastwood maîtrise son sujet : c'est presque parfait. C'est ensuite que ça se complique. Quand l'affaire tourne au fait divers sordide, Eastwood tombe pour le coup dans le travers qu'on lui reproche souvent. La violence de certaines scènes n'apporte rien, on se sent soudain prisonnier d'un film gore qui tombe dans le sensationnel. Après la figure angélique, voire christique de Jolie, le mal est montré du doigt dans toute son horreur mais la confrontation entre les deux mondes tourne à vide. Au bout du compte, on se demande de quoi il s'agit ici : de l'opposition entre le bien et le mal, entre la raison et la folie ? Il y a clairement deux visions exprimées dans le film, l'une solaire, l'autre ultrasombre. On aimerait garder la première et oublier la seconde, qui renvoie à l'extrême cruauté du monde. Et en effet dans cet échange d'émotions, de valeurs, Eastwood semble régler son compte au mal en faisant triompher le bien : malheureusement c'est un peu trop simple, trop facile, pour être convaincant.

vendredi 21 novembre 2008

Jónsi

Jonsi
Une photo-n'importe quoi qui en dit long sur ce petit homme à part qu'est Jónsi, le chanteur de Sigur Rós, un beau bizarre au-delà des modes et de tout courant. La tournée du groupe s'achève bientôt (je viens de les voir à Barcelone, au sommet de la colline de Montjuic) et je me demande comment ils vont s'en remettre, lorsqu'ils toucheront terre, laissant derrière eux une partie de leur musique magique, féérique, qui respire le cosmos et tous les éléments déchaînés. C'est ce dimanche, à Reykjavik, en Islande, leur chez-soi, qu'ils ferment la parenthèse de leur périple qui en a secoué plus d'un. A dire vrai, c'est plutôt moi qui ne m'en suis pas remis. Qui a dit que j'étais fan ??