Eprouvantes, les trois heures et vingt minutes passées hier soir au théâtre de Chaillot, auprès d'un public plus-parisien-tu-meurs. La Estupidez part d'un projet ambitieux (prétentieux ?), qui entend dénoncer la connerie des temps modernes corrompus par l'argent. L'auteur de la pièce, Rafael Spregelburd, inspiré par Les Sept Péchés capitaux de Jérôme Bosch, s'est d'abord intéressé à la bêtise, la estupidez (d'autres péchés sont à suivre). Pour cela, il a déployé les grands moyens : 25 personnages mis à contribution par seulement 5 acteurs parmi lesquels brille le talent incontestable de Karin Viard et Marina Foïs, deux comédiennes que j'affectionne particulièrement. Je n'ai cessé de me féliciter silencieusement de ce casting qui m'a facilité l'attente (de la fin). Si je les ai aimées, c'est aussi parce qu'on les retrouve telles qu'elles sont dans nombre de films, des natures comiques capables de transcender le moindre texte dès qu'elles ouvrent la bouche, ou même par leur simple présence. Au théâtre, leur talent est encore plus flagrant. Le seul souci, c'est que La Estupidez n'est pas une suite de one-woman-shows mais une fiction théâtrale. Les intrigues se croisent et se télescopent, idem pour certains dialogues qui se chevauchent volontairement pour créer un effet anarchique et burlesque (à la Tati). C'est drôle, une fois, grâce à Marina Foïs ; le plus souvent c'est juste chiant et convenu. Surtout, le sentiment d'être devant du comique de boulevard pour gens cultivés m'a fortement irrité. Comme s'il fallait accumuler les références (Pinter, Copi, Tarantino...), ajouter des images vidéo "modernes" et prétendre dire quelque chose pour assumer de faire rire. Le propos, ou plutôt l'absence de réel propos, est noyé/camouflé par la mise en scène à la fois confuse et clinquante et le désir boulimique de bien faire qui consiste à en faire trop. Il y a quelques bons moments dans La Estupidez mais tant de longueurs, d'ennui et de vacuité qu'on les oublie aussitôt. Ca n'empêche pas les Parisiens d'applaudir, avec un certain sentiment de supériorité, ce festival de conneries.

Jusqu'au 14 juin au théâtre de Chaillot.