De la fraîcheur, encore. Au-delà de sa thématique estivale, le film de Jacques Tati, restauré et présenté dans le dernier montage voulu par le réalisateur, celui de 1978, réveille de la torpeur ambiante. Les Vacances en question datent de 1953, autant dire une éternité. Tati, toujours en avance sur son temps, se fait d'ailleurs une joie d'épingler le côté vieillot des usages de l'époque. Derrière le film pour enfants clownesque, sorte de Chaplin à la française, l'ironie de Tati transpire dans chaque scène. Les bourgeois en goguette, les vacanciers acariâtres, l'intello fumeux ou la bimbo un peu raide semblant sortir des pages d'un magazine, tous ces saisonniers en prennent pour leur grade mais, spécificité du cinéaste, sans l'ombre d'une méchanceté. C'est à la fois du divertissement (Tati-Hulot, un peu comme Pierre Richard, est naturellement drôle et attendrissant) et du grand art, avec des inventions visuelles permanentes et un minimum de dialogues. Tati était un génial observateur de son temps. On rêve de ce qu'aurait pu saisir son regard sur le nôtre, avec son lot de bêtise, de ridicule et de fatuité...