Il y a de quoi être blasé quand on a passé la trentaine, qu'on vit dans une grande ville comme Paris et que, depuis 1989, année de Crimes et délits et de mes quatorze ans, on se rend chaque année au cinéma pour voir le nouveau Woody Allen. Qu'attendre d'un réalisateur qu'on a l'impression de connaître par cœur, avec son univers, ses personnages typiques et ses obsessions, qui a parfois déçu, lassé, telle une vieille connaissance ou un partenaire usé dont on a l'impression d'avoir fait le tour ? Pourtant, comme celle des couples mûrs et en dépit des variables de sa filmographie, ma relation avec Woody Allen dure. Elle commençait à s'essouffler il y a une dizaine d'années et puis, avec Match Point, elle est repartie de plus belle. Ce week-end, en allant voir Whatever Works, le vieux brisquard m'a encore bluffé. Longtemps que je n'avais pas ri comme ça devant un film. Longtemps que je n'avais pas été surpris par son scénario et l'enchaînement des scènes, aussi grossiers soient-ils. Comme on dit parfois dans le vaudeville, plus c'est gros et plus ça passe. Chez Woody Allen, c'est énorme à plus d'un titre (et rien de graveleux là-dedans !). Ceci dit, avec l'âge, le cinéaste se lâche de plus en plus. Sous des tonnes d'humour, il parle notamment de la différence d'âge et plus globalement de toutes les différences dans le couple. Le pessimiste angoissé laisse place à un hédoniste qui s'assume. Le monde va mal et la condition humaine est plutôt insupportable alors tâchons de rendre l'épreuve la plus joyeuse possible : c'est un peu la morale (amorale) de Whatever Works, œuvre drôlement désespérée qui fait un bien fou.