Public Enemies
Par Julien Grunberg, vendredi 10 juillet 2009 à 11:36 :: Cinéma :: #97 :: rss

J'ai souvent tendance à m'en prendre, gentiment, aux critiques de presse spécialisée pour leur snobisme, leurs partis-pris et parfois leur manque de discernement. C'est une affaire de goût, différent du mien, parfois de pose, mais je ne leur en veux pas pour ça. En revanche, le conformisme des mentalités m'exaspère plus franchement. Celui qui consiste, par exemple, à classer Woody Allen parmi les cinéastes mineurs parce qu'il ne semble pas sérieux, qu'il fait trop de films et que soi-disant il n'a jamais fait mieux que Annie Hall... Inversement, un réalisateur comme Michael Mann, qui vient de signer Public Enemies, s'attire systématiquement les faveurs de la critique, quasi unanime. Je compte moi-même parmi les fans de son cinéma ; Heat, Collateral ou même le remake de Miami Vice m'ont enthousiasmé. Mais à mes yeux Public Enemies est loin d'être le film moderne, original et hypnotique tel qu'il est "vendu" dans les colonnes de Télérama, Libé, Le Monde et j'en passe... Je n'ai rien vu d'autre qu'un film de gangsters ultraconventionnel, prévisible, à la mise en scène soignée certes, à la fois réaliste et sophistiquée, mais bourrée d'action sans contrepoint psychologique digne de ce nom. Les tirs de balle passent et se suivent, étirant le film en longueur : même pas mal et encore moins peur. Le duo Johnny Depp / Marion Cotillard est tellement convenu qu'on se fout de ce qui peut bien leur arriver. Le gangster reste un macho au coeur tendre, et sa bien-aimée une pauvre petite chose fragile et naïve, prête à tomber dans le panneau dès qu'on lui promet la lune. A la décharge de Michael Mann, elle finit par acquérir plus d'épaisseur dans les dernières minutes du film, et Cotillard est certes une bonne actrice, mais c'est un peu tard. Dans le rôle du gentil, Christian Bale est également très bon et autrement plus sexy que Johnny, mais Mann semble ne pas assumer complètement son penchant pour ce personnage et limite ses scènes au profit du méchant Depp / John Dillinger. Cette accumulation de petits ratés, que je suis tenté d'imputer au montage final (Hollywood a t-il eu le dernier mot ?), font de Public Enemies une oeuvre bien plus bancale et frustrante que maîtrisée et excitante.
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