Le chanteur de Sigur Rós, Jónsi Birgisson, et son petit copain Alex Somers forment depuis quelques années déjà le couple le plus "mimi tout plein" du monde du music-hall - on a beau être en 2009, j'assume ces expressions. Ils ont chacun, comme la musique de Sigur Rós, une beauté étrange, atypique. Alex conçoit les illustrations d'album du groupe islandais et, avec Jónsi, ils viennent de sortir leur premier disque créé entièrement à deux, musique et visuels confondus. C'est donc de Riceboy Sleeps, l'enfant de Jónsi & Alex, dont je vais tenter de parler. L'objet, je l'admets, est un peu embarrassant pour le fan despotique que je suis. Les familiers de Sigur Rós reconnaîtront ces longues plages de sons semblant flotter dans l'air qui font d'habitude office d'interlude entre deux morceaux, ou bien signifient le calme avant la tempête, ces fameuses montées en puissance auxquelles le groupe nous a habitué. Jónsi & Alex, eux, ont décidé d'arrêter le temps, de privilégier la lenteur, l'immobilité de ces instants. Leur musique est exclusivement ambiant : plus que de notes et de rythme il s'agit de bruitages, de chuchotements, de frémissements de cordes et de choeurs évanescents qui feraient presque douter de sa réalité. Autant dire qu'il vaut mieux être en condition pour apprécier ce disque qui incitera les contemplatifs à la rêverie et fera mourir d'ennui tous les autres. On est évidemment à mille lieues du produit de pure consommation, dont on écoute le résultat passivement. Au contraire, l'auditeur semble mis à contribution afin de combler les vides, occuper le champ libre, les silences, et projeter ainsi son propre espace, sa psyché. A écouter la nuit, cela va sans dire, et en rase campagne de préférence, entouré d'animaux réels ou imaginaires et la tête dans les étoiles.

Le site de Jónsi & Alex