Le Pitch.com

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vendredi 31 juillet 2009

Friendly Fires


Je profite de l'été et son manque d'actualité musicale palpitante pour revenir sur ce groupe anglais qui a sorti son premier album éponyme à la rentrée 2008. Je ne suis pas complètement décalé puisque le trio, dont la rencontre remonte au collège - l'âge des premiers flirts, des dépucelages maladroits et des rockeurs en herbe -, poursuit actuellement une tournée avec notamment un détour par Paris le 31 octobre, au Trabendo. Héritiers de la génération New Order, celle qui refuse de choisir entre les guitares et le dancefloor, les Friendly Fires se rangent aux côtés de LCD Soundsystem, Hot Chip ou encore les Klaxons mais se démarquent du lot par leur énergie cadencée, incitation décomplexée à l'euphorie de la danse, et leurs influences multiples. On peut reconnaître l'ambiance shoegazing de leurs débuts, une pop éthérée et planante insolemment confrontée à des rythmiques funk et électro. Ce n'est pas l'invention du siècle, certes, mais l'ensemble est plutôt excitant. Je n'irais pas jusqu'à écouter l'album en boucle, en revanche je ne me lasse pas des singles Paris (et son remix par Aeroplane), Jump In The Pool ou encore Skeleton Boy, qui évoque curieusement Merrymaking At My Place de Calvin Harris. Alors, pompage ou pas pompage ?



MySpace Friendly Fires

jeudi 30 juillet 2009

Regina Spektor


Je découvre avec effarement les réactions contrastées et pour le moins excessives que suscite l'artiste américaine d'origine russe Regina Spektor. Aux Etats-Unis, dans sa catégorie (chanteuse pianiste un brin fofolle, dans la droite ligne de Kate Bush, Tori Amos), c'est une vedette depuis plusieurs années, qui a notamment fait passer aux oubliettes Fiona Apple, dans un genre semblable quoique moins primesautier. Les plus médisants reprochent à Regina (comme la pizza) son éternel côté femme-enfant et surtout ses excès de vocalises à l'intérieur même de ses chansons, "oh oh oh" et autres "la la la" qui doivent séduire Arielle Dombasle mais à la longue peuvent devenir lassants et broient les nerfs des plus irascibles. Il me semble pourtant qu'à de rares exceptions près, la très jolie chanteuse (qualité que ses détracteurs lui reprochent aussi implicitement) n'abuse pas d'effets superflus dans son dernier disque Far, paru en juin dernier, et ce malgré ou grâce au déluge de producteurs stars venus l'épauler, comme Mike Elizondo (Dr. Dre, Eminem) ou Jacknife Lee (U2, REM, Bloc Party). Au contraire, les mélodies et la retenue priment sur toute forme d'ornementation. Il y a même dans le chant la fragilité, proche de la fêlure, d'un Chris Garneau, dont j'ai eu l'occasion de brièvement parler ici, l'affectation en moins. Regina Spektor en fait-elle trop ? Je ne le crois pas, à en juger notamment le clip de Laughing With, extrait du plutôt subtil et dépouillé Far, à visionner ci-dessous.



MySpace Regina Spektor

mercredi 29 juillet 2009

Clint est-il grand ?


Je viens de revoir Million Dollar Baby, de Clint Eastwood. Considéré comme un de ses meilleurs films, il avait remporté à sa sortie, sans surprise, 4 Oscars parmi les plus convoités. Je dis sans surprise car il possède tout ce que les admirateurs du réalisateur, et la grande majorité des Américains comme des Européens, raffolent : le classicisme, l'empathie avec les personnages, la dramaturgie forte, prenante. Les détracteurs de Clint, eux, parlent de mise en scène larmoyante, voire de manipulation, de chantage à l'émotion. J'ai moi-même donné, avec mon ami, dans ce débat qui divise les pour et les contre. Concernant Million Dollar Baby, je me classe sans retenue dans la première catégorie. Je ne suis pas pour autant un fan absolu de son cinéma, comme je l'avais exprimé au moment de la sortie de L'Echange. Je ne vais pas non plus nier que le film, qui raconte le parcours d'une apprentie boxeuse partie de rien et vouée à un grand destin, ne joue pas la carte de l'émotion pure et dure, quitte à s'autoriser certaines facilités. J'admets également qu'il n'y a pas plus emblématique que le personnage principal, incarné par la magnifique Hilary Swank, dans laquelle chaque spectateur est quasi forcé de s'identifier. Bref, c'est encore une histoire de rêve américain, où le courage, le travail et la volonté restent les valeurs premières. Mais, un peu comme Sarkozy avec son malaise post-jogg, la réalité reprend le dessus dans cet univers a priori sans faille. Exit Disneyland : Clint Eastwood éclipse tout le côté "positif" de son histoire pour ne s'intéresser qu'aux zones d'ombre, au revers de la médaille, mais aussi aux différents "losers" du film, tous ces personnages marginaux qui disent bien plus de choses que toutes les victoires réunies. Par ailleurs, malgré un sujet ultrasensible, il parvient cette fois-ci à éviter tout manichéisme. Nulle leçon, nulle morale n'est imposée ; juste des tas de questions existentielles que chaque spectateur est invité à se poser après la séance. Alors, je ne sais pas si Clint est grand (supérieur à la moyenne en tout cas) mais Million Dollar Baby est, aucun doute là-dessus, un grand film.

mardi 28 juillet 2009

Jónsi & Alex


Le chanteur de Sigur Rós, Jónsi Birgisson, et son petit copain Alex Somers forment depuis quelques années déjà le couple le plus "mimi tout plein" du monde du music-hall - on a beau être en 2009, j'assume ces expressions. Ils ont chacun, comme la musique de Sigur Rós, une beauté étrange, atypique. Alex conçoit les illustrations d'album du groupe islandais et, avec Jónsi, ils viennent de sortir leur premier disque créé entièrement à deux, musique et visuels confondus. C'est donc de Riceboy Sleeps, l'enfant de Jónsi & Alex, dont je vais tenter de parler. L'objet, je l'admets, est un peu embarrassant pour le fan despotique que je suis. Les familiers de Sigur Rós reconnaîtront ces longues plages de sons semblant flotter dans l'air qui font d'habitude office d'interlude entre deux morceaux, ou bien signifient le calme avant la tempête, ces fameuses montées en puissance auxquelles le groupe nous a habitué. Jónsi & Alex, eux, ont décidé d'arrêter le temps, de privilégier la lenteur, l'immobilité de ces instants. Leur musique est exclusivement ambiant : plus que de notes et de rythme il s'agit de bruitages, de chuchotements, de frémissements de cordes et de choeurs évanescents qui feraient presque douter de sa réalité. Autant dire qu'il vaut mieux être en condition pour apprécier ce disque qui incitera les contemplatifs à la rêverie et fera mourir d'ennui tous les autres. On est évidemment à mille lieues du produit de pure consommation, dont on écoute le résultat passivement. Au contraire, l'auditeur semble mis à contribution afin de combler les vides, occuper le champ libre, les silences, et projeter ainsi son propre espace, sa psyché. A écouter la nuit, cela va sans dire, et en rase campagne de préférence, entouré d'animaux réels ou imaginaires et la tête dans les étoiles.

Le site de Jónsi & Alex

lundi 27 juillet 2009

Brüno


Le rire, parfois, est jaune, comme la seyante culotte du personnage devenu incontournable, tant il va loin, capable d'offenser le plus dépravé des spectateurs. Car Sacha Baron Cohen n'est pas qu'un clown, un phénomène de foire pour émissions de télévision à grande audience. C'est surtout un agitateur qui ne se refuse aucune provocation, aucune énormité pour faire passer quelques messages. Sur le fond, rien d'original mais du très louable : le comédien / producteur / scénariste s'en prend d'abord et avant tout à l'homophobie, qu'elle soit manifeste ou plus banale, insidieuse, cachée dans les esprits les plus ordinaires. Celle qui consiste à se méfier des homosexuels parce qu'ils seraient, de notoriété publique, des obsédés sexuels, superficiels et irresponsables - donc incapables d'élever correctement des enfants. Quand Brüno, dans une émission télévisée à la Delarue, brandit son petit garçon noir comme le dernier accessoire à la mode ou tel un jouet, cela consterne, à raison, tout le monde. Tout comme le spectacle affligeant des mères de famille défilant devant Brüno afin de "vendre" leur progéniture pour des films plus qu'hasardeux. Sacha Baron Cohen, avec son personnage de has been pathétique et néanmoins hilarant, a confiance en l'intelligence de ses spectateurs. Du moins il possède le talent nécessaire, voire le génie, pour réveiller leurs consciences. Cela passe de temps en temps par des scènes ultra-osées, vulgaires, qui ne manqueront pas de choquer les esprits prudes. Le plus souvent c'est une franche rigolade où dérision et autodérision sont de mise pour apprécier ce film irrévérencieux, typiquement british, faussement bête et réellement brillant.
Bande-annonce

vendredi 24 juillet 2009

Les Beaux Gosses


Comment parler sérieusement d'un film qui ne se prend pas au sérieux une seconde tout en dressant des portraits d'adolescents plus vrais que nature ? Les Beaux Gosses, comme tout le monde le dit (mes amis en tout cas), est effectivement très drôle et réussi. Original aussi, malgré sa thématique sociologique dans l'air du temps, car adapté de la bande dessinée du réalisateur, Riad Sattouf, patronyme qui fait d'ailleurs ricaner le gamin boutonneux tapi en soi. Pour peu qu'on n'ait pas trop refoulé ses années bêtes, chacun se reconnaîtra en partie dans les personnages de cette fiction à la fois caricaturale et réaliste. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre, on risquerait de passer à côté de son humour graveleux, parfois cruel. Le trait est volontairement forcé mais l'attention accordée aux personnages, insupportables et attachants, donne toute sa dimension au film. Sattouf, qui dirige de façon remarquable ses comédiens (les ados mais aussi la mère jouée par la démente Noémie Lvovsky), installe une proximité, une connivence immédiate qui rappelle le lien, intime, entre une BD et son lecteur. Ce côté artisanal et familier se retrouve également dans la bande-son du film, co-composée par le réalisateur et Flairs. Des sons synthpop vintage et naïfs mais aussi du rap parodique plus vrai encore que l'original. Trop trop fort !

jeudi 23 juillet 2009

Bancs publics


Si je n'avais pas l'âge que j'ai ni suivi la filmographie de Bruno Podalydès, j'aurais sans doute fait l'impasse sur Bancs publics, sa dernière comédie à l'affiche. Je n'aime pas ce qu'on appelle les films dits "chorale" (pardon mais c'est un peu une expression à la con, je trouve...), encore moins ceux qui accumulent les têtes d'affiche pour plaire au plus grand nombre et sans prise de risque aucune. Bancs publics n'hésite pas à jouer la surenchère au niveau du casting, en convoquant de nombreuses stars pour quelques répliques mais aussi les habitués de la "famille" Podalydès, comme Isabelle Candelier, de loin la plus drôle et plus douée, avec l'autre Podalydès, Denis, dans le rôle principal. Sans surprise, le côté gratin de stars ne m'a pas vraiment séduit, à l'exception de Chantal Lauby et Catherine Deneuve, parfaites. Mais cette histoire de solitude urbaine, qui interpelle les personnages de la première partie du film (la deuxième moitié, à quelques exceptions près, est laborieuse et poussive), manque un peu d'excès et de folie à mon goût. Après Versailles Rive gauche et Dieu seul me voit, cette suite versaillaise génère un rire triste, presque convenu, et souffre d'une sérieuse baisse de régime dans son rythme. J'attendais mieux du réalisateur, dont les anciens films m'ont fait rire de bout en bout, bien que l'on retrouve encore ce mélange de farce, de tragi-comique et d'émotion propres à son cinéma. Cette fois c'est un cran en dessous : pas mal mais pas plus que ça.

mercredi 22 juillet 2009

Moby


Hier soir, lors d'un dîner donné en l'honneur du programmeur de cette application (bon anniversaire, Kiki !), quelqu'un, parmi les quatre personnes présentes, a mis un disque, un vrai. Un CD de Moby, presque aussi vieux que le monde, Play. J'ai constaté, non sans effroi, qu'il était déjà sorti il y a dix ans. Le choc passé, je me suis rappelé à quel point j'avais écouté cet album et combien je l'avais chéri, de nombreuses années durant. A l'époque, mélanger des nappes synthétiques (je parle de musique, pas de ma décoration de table) à des voix gospel relevait de l'inédit, du moins rien de très familier. Le savoir-faire électro du petit homme bondissant s'accordait à sublimer de merveilleuses voix resurgies d'on ne sait où, avec grand effet. Entre-temps, Play et l'intégralité de ses chansons archicélèbres ont fait le tour de la planète et ont servi de support à des films, des publicités, voire des émissions de télé, jusqu'à saturation totale. Depuis, Moby décline, en un peu moins bien (quoique j'aime le successeur de Play, 18), la même musique atmosphérique et s'éloigne régulièrement de l'électro pour aller vers la pop, en offrant sa propre voix, notamment en duo avec Mylène Farmer. En perte de crédibilité depuis quelques années, leur complicité, renouvelée sur le dernier disque de la chanteuse, n'arrange pas l'image de l'artiste. Pour ma part, je n'ai pas pour autant renoncé à parler en bien de Moby. Malgré son dernier disque, Wait For Me, ignoré de la critique, sans doute à juste titre puisqu'on n'y entend rien de nouveau ni de pertinent, juste quelques titres évanescents qui réveillent le nostalgique en moi. Je ne peux pas non plus encenser le DJ qui, depuis début juillet, officie le vendredi soir, à minuit, sur Virgin Radio, car je n'ai pas encore eu l'occasion de l'écouter. En revanche, je souhaite affirmer ici que son disque Last Night, paru l'an dernier, était plus que digne d'écoute. Largement orienté dance, avec des incursions hip-hop, il rappelle le parcours de l'artiste new-yorkais et notamment ses débuts house et techno, tout en apportant la touche Moby, reconnaissable entre toutes. Tout en cumulant les références et les styles musicaux, il parvient à rester uni et personnel. De l'intime et de l'émotion sur le dancefloor : quand il ne se parodie pas, Moby peut encore séduire.

MySpace Moby

lundi 20 juillet 2009

Twilight, le film


J'ai peut-être passé l'âge de voir le dernier Harry Potter - ça tombe bien, ça ne me dit rien de toute façon - mais qui pourra se moquer de mon engouement pour Twilight ? J'ai beau avoir mordu à l'hameçon à cause de son héros pâlichon, comme des tas de jeunes filles pubères, je peux toujours invoquer que c'est d'abord et avant tout un film de vampires - ils n'ont jamais été aussi à la mode, du cinéma d'auteur à la médiocre série d'Alan Ball, True Blood, que j'ai déjà chroniquée en avril. Je peux aussi rappeler qu'il est tiré d'un livre d'une écrivain désormais célèbre, Stephenie Meyer, et que c'est encore une femme, Catherine Hardwick, qui a signé la réalisation du film. Je n'ai pas lu le livre mais son adaptation à l'image, dans le chapitre I Fascination, se concentre sur l'histoire d'amour contrariée mais non impossible de ses deux tourtereaux. Ils évoluent dans une Amérique ordinaire et séduisante, superbement filmée et stylisée dans des teintes bleutées et gothiques, à la fois sombres et lumineuses. Les humains, des Américains moyens et sympathiques, y côtoient des vampires obéissant plus ou moins à leurs instincts, ce qui laisse peser un danger permanent - et un suspense intenable pour tout spectateur un tantinet fleur bleue. Les amateurs de Buffy et Angel, les séries précurseures de Joss Whedon, restent en terrain connu. Twilight décline, à son tour, le thème de la lutte contre le mal en se gardant de toute caricature. En l'occurrence, les personnages vampires tentent de résister à leurs propres démons ou sinon de vivre en harmonie avec ceux qui les rongent. Paradoxe dans lequel chacun de nous, ado attardé / adulte torturé, peut se reconnaître. Je m'étendrai moins sur le côté mièvre de l'histoire d'amour (notamment la scène sirupeuse où Robeeeeeeert !! Pattinson joue du piano pour sa bien-aimée) et la bande-son qui cible justement un public juvénile - Linkin Park, Paramore, Muse. Mon indulgence me pousse également à fermer les yeux sur l'intrigue prévisible du scénario, qui fait s'achever Twilight épisode 1 non pas comme un film à part entière mais comme une série dont on se retrouve malgré soi dépendant. Le titre de ce premier épisode, Fascination, n'est pas anodin ; question d'esthétique avant tout. Robert et Kristen Stewart, dont on parle moins, semblent littéralement absorber la caméra, et les scènes dans la nature, notamment la forêt, filmée avec sensualité, ont un pouvoir d'attraction quasi magique. Joli spectacle pour les yeux donc dont la suite est attendue au cinéma en novembre prochain.

vendredi 17 juillet 2009

Lady Gaga versus La Roux


L'une est blonde et américaine, l'autre est rousse, comme son pseudonyme le suggère finement, et anglaise. Le match, qui rappelle vaguement le duel Madonna / Mylène Farmer, un peu daté, oppose depuis quelque temps déjà Lady Gaga et La Roux. La seconde est furieuse quand on l'associe à la première. Rien à voir, à ses yeux, entre ses chansons néo-eighties et les dérives R'n'B de Lady Gaga, immense vendeuse de disques qui fait effectivement le lien entre musique noire commerciale (soupe ?) et pop estampillée années 1980, notamment via les références déclarées de l'artiste, de Queen à Madonna. Ce qui rapproche l'une et l'autre, en dépit de leurs différences, c'est leur art du recyclage, la production synthétique et dansante, et le soin accordé à l'image qui font de chacune d'elles des stars / starlettes pop, toutes proportions gardées. Car malgré sa couverture des Inrocks, le public de Lady Gaga est bien plus étendu que ne l'est celui de La Roux, icône branchée un peu limitée dans ses références new wave, d'Erasure à Human League, et, ceci expliquant cela, surtout populaire en Angleterre. Pour être honnête, la musique de La Roux a un peu plus de classe que celle de Lady Gaga, volontairement aguicheuse et grand public. Entre les deux voix, l'une froide et haut perchée, l'autre chaude et puissante, il y a un fossé culturel de taille. Côté mélodies et production, Lady Gaga mange à tous les râteliers, pioche dans 25 ans d'histoire pop, d'Eurythmics à Kanye West, mais le résultat est là : l'une me soûle et me glace, l'autre m'éclate et me donne envie de danser. Faute de goût peut-être, mais j'assume mes penchants.

MySpace Lady Gaga

MySpace La Roux

jeudi 16 juillet 2009

Chairlift


Ecrire sur un artiste ou un groupe de musique a toujours fait débat chez moi - je sais, c'est un comble. D'abord parce qu'on prend toujours le risque d'être chiant, ou bêtement descriptif, que la musique, souvent intuitive, se dérobe à toute analyse technique. Plus exactement peu de critiques en sont capable (moi encore moins), alors ils compensent comme ils peuvent en brodant à coups d'impressions subjectives et d'enchaînement de références, afin de donner un peu de corps à cet art si impalpable, irrationnel. L'exercice est plus ou moins périlleux, surtout quand il s'agit de dire du bien, et a tendance à engendrer le même type d'articles (style Inrocks, pour faire court, plein d'esprit, de métaphores et de vocables à la mode). Les artistes sans étiquette, qui ne se définissent ni ne s'apparentent à tel ou tel courant, sont une aubaine ou au contraire un pensum pour qui souhaite s'y pencher. En général ce sont les plus originaux, les plus inventifs. Le groupe américain Chairlift en fait sans doute partie (voilà, entre autres, où je voulais en venir !) Parce qu'ils sont de Brooklyn, qu'ils mélangent sonorités synthétiques eighties, folk et un certain psychédélisme, on a tendance à les ranger aux côtés de la nouvelle scène new-yorkaise, près de MGMT et consorts, tout en constatant leurs différences. Pour ma part, Chairlift me séduit pour ses mélodies accrocheuses (je rappelle qu'ils ont déjà vendu leur âme à Apple avec la chanson Bruises dans le spot iPod Nano), mais aussi ses ambiances plus lentes de saloon et ses chœurs éthérés (j'ai pensé à Paula Frazer de Tarnation ou encore à Elysian Fields). On peut y voir un voyage dans l'Amérique entière, qui abolirait les frontières entre urbanité et contrées désertiques, électro-pop et country, neuf et ancien. Chairlift (télésiège, en français) contemple le paysage, en douceur et avec une certaine hauteur. Ils peuvent m'emmener là où ils veulent, je suis le mouvement.
MySpace Chairlift

mercredi 15 juillet 2009

Dark Night Of The Soul


Il y a l'histoire d'un disque qui, malgré ses qualités et son prestigieux casting (Sparklehorse, Julian Casablancas, Black Francis, Iggy Pop, Jason Lytle, David Lynch, Suzanne Vega...), a été interdit de sortie par son label d'origine, EMI (la faute à certains samples présents dans l'album et non autorisés, si j'ai bien suivi). Depuis, Dark Night Of The Soul a connu une seconde chance, sous la forme d'un livret-CDR avec illustrations de David Lynch (superbes), et de nombreuses vies qui prospèrent actuellement sur le Net de façon plus ou moins légale, notamment ici. Malgré la richesse de la distribution présente sur les titres du projet et les ego surdimensionnés qu'elle implique, il n'y a aucun risque d'indigestion à son écoute. Les deux meneurs de cette équipe de rêve, le producteur star Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Beck...) et le leader de Sparklehorse, ont su capter la noirceur de leurs âmes respectives, exprimée de façon plus atmosphérique que bruitiste. Seuls Iggy Pop et l'ancien chanteur des Pixies apportent un peu d'orage et d'électricité dans ce paysage globalement paisible et contemplatif, qui donne des envies de road movie à la Lynch, également présent à la bande-son. Pour se procurer l'objet (de culte), ou sinon écouter le disque en streaming, se rendre à cette adresse.

vendredi 10 juillet 2009

Public Enemies


J'ai souvent tendance à m'en prendre, gentiment, aux critiques de presse spécialisée pour leur snobisme, leurs partis-pris et parfois leur manque de discernement. C'est une affaire de goût, différent du mien, parfois de pose, mais je ne leur en veux pas pour ça. En revanche, le conformisme des mentalités m'exaspère plus franchement. Celui qui consiste, par exemple, à classer Woody Allen parmi les cinéastes mineurs parce qu'il ne semble pas sérieux, qu'il fait trop de films et que soi-disant il n'a jamais fait mieux que Annie Hall... Inversement, un réalisateur comme Michael Mann, qui vient de signer Public Enemies, s'attire systématiquement les faveurs de la critique, quasi unanime. Je compte moi-même parmi les fans de son cinéma ; Heat, Collateral ou même le remake de Miami Vice m'ont enthousiasmé. Mais à mes yeux Public Enemies est loin d'être le film moderne, original et hypnotique tel qu'il est "vendu" dans les colonnes de Télérama, Libé, Le Monde et j'en passe... Je n'ai rien vu d'autre qu'un film de gangsters ultraconventionnel, prévisible, à la mise en scène soignée certes, à la fois réaliste et sophistiquée, mais bourrée d'action sans contrepoint psychologique digne de ce nom. Les tirs de balle passent et se suivent, étirant le film en longueur : même pas mal et encore moins peur. Le duo Johnny Depp / Marion Cotillard est tellement convenu qu'on se fout de ce qui peut bien leur arriver. Le gangster reste un macho au coeur tendre, et sa bien-aimée une pauvre petite chose fragile et naïve, prête à tomber dans le panneau dès qu'on lui promet la lune. A la décharge de Michael Mann, elle finit par acquérir plus d'épaisseur dans les dernières minutes du film, et Cotillard est certes une bonne actrice, mais c'est un peu tard. Dans le rôle du gentil, Christian Bale est également très bon et autrement plus sexy que Johnny, mais Mann semble ne pas assumer complètement son penchant pour ce personnage et limite ses scènes au profit du méchant Depp / John Dillinger. Cette accumulation de petits ratés, que je suis tenté d'imputer au montage final (Hollywood a t-il eu le dernier mot ?), font de Public Enemies une oeuvre bien plus bancale et frustrante que maîtrisée et excitante.

mercredi 8 juillet 2009

Les Lois de l'attraction


Etre happé par l'expérience du vide sans avoir l'impression de perdre son temps, loin de là. La lecture des Lois de l'attraction de Bret Easton Ellis, écrit il y a une vingtaine d'années, procure cette sensation étrange, pour le moins déroutante. Comme avec American Psycho, le chef-d'oeuvre qui a rendu son auteur célèbre, ce livre impose une proximité avec le narrateur, en l'occurrence les narrateurs / personnages d'un campus américain dont on suit le point de vue de l'intérieur. L'écriture est brute, sèche, sans ornement ni artifice. Pour coller, le plus près possible, aux mentalités de ces étudiants quelque peu dégénérés, la langue se veut minimale, voire pauvre. Autant dire qu'il faut être un immense écrivain pour parvenir à transcender cette matière première en littérature. Easton Ellis, privilégié omniscient, parvient à s'infiltrer partout sans pour autant intervenir directement, ou même indirectement. Il y a sans doute de lui dans chacun de ces jeunes adultes un peu paumés, obsédés par la jouissance et la fête, cyniques et désincarnés, totalement étrangers à eux-même et aux autres, errant dans l'existence tels de frêles fantômes. Derrière cette vacuité de façade la perte de repères et de valeurs de cette génération perdue au milieu des années 1980 apparaît en pointillé. Seules les références musicales qui parsèment le livre font office de fil conducteur reliant les personnages les uns aux autres, tout comme la recherche d'un idéal un peu vain, fragile. Si moralisme il y a, il s'affiche derrière une ironie permanente, une distance bienveillante qu'on pourrait qualifier de lucidité. Une partie de la jeunesse actuelle, vouée au plaisir et à la défonce, pourrait facilement se reconnaître dans ces pages; d'ailleurs Bret Easton Ellis reste LA référence littéraire des 20-50 ans, mille fois copié, jamais égalé. Les Lois de l'attraction, oeuvre de jeunesse, n'a pas vieilli et continue d'inspirer toutes sortes de fictions actuelles, des films de Gregg Araki jusqu'à la série anglaise Skins. Certains voient de la complaisance dans ces déferlements orgiaques, d'autres une incitation à la débauche, là où il n'y a que clairvoyance et acuité du regard. Libre à chacun de trouver un peu d'ordre dans le chaos de l'existence et le miroir que ce livre / ces films nous tendent.

mardi 7 juillet 2009

Gossip


Gossip et sa chanteuse Beth Ditto avaient tout pour plaire à la presse "cool". Obèse, lesbienne et fière de l'être, elle s'est également distinguée pour ses coups de gueule - le plus récent visait, à ma grande joie, cette petite garce opportuniste de Katy Perry qui a imposé à la terre entière un I Kissed A Girl beaucoup plus racoleur que gay friendly. Quant à la musique de Gossip, rock brut et vociférant, elle enthousiasmait les critiques musicaux pointus en mal de sensations fortes. Ca, c'était avant le Gossip nouveau, Music For Men, un peu trop "mainstream" à leur goût. Certains, comme le magazine Magic, saluent néanmoins la qualité du single Heavy Cross, tout en précisant qu'il souffre de la comparaison avec l'ancien tube de Gossip, Standing In The Way Of Control. De mon point de vue d'auditeur ordinaire, il se trouve que je m'intéresse enfin à la musique de ce groupe. Jusqu'ici je trouvais le chant de Beth Ditto criard, saoulant, et ses chansons monotones, uniformes, malgré son lot de décibels et de guitares enfiévrées. Aujourd'hui Heavy Cross m'envoie une décharge d'adrénaline, tel un ado pubère, à chaque écoute et l'album entier, qui en effet s'acoquine avec la disco et les mélodies, déborde d'énergie communicative. Désormais Gossip fait danser, sans non plus avoir muté du tout au tout. Les pop-rockeux ne veulent pas voir leur idole s'encanailler avec la populace. Pour ma part, son succès croissant, inéluctable, me remplit de joie.

MySpace Gossip

lundi 6 juillet 2009

Whatever Works


Il y a de quoi être blasé quand on a passé la trentaine, qu'on vit dans une grande ville comme Paris et que, depuis 1989, année de Crimes et délits et de mes quatorze ans, on se rend chaque année au cinéma pour voir le nouveau Woody Allen. Qu'attendre d'un réalisateur qu'on a l'impression de connaître par cœur, avec son univers, ses personnages typiques et ses obsessions, qui a parfois déçu, lassé, telle une vieille connaissance ou un partenaire usé dont on a l'impression d'avoir fait le tour ? Pourtant, comme celle des couples mûrs et en dépit des variables de sa filmographie, ma relation avec Woody Allen dure. Elle commençait à s'essouffler il y a une dizaine d'années et puis, avec Match Point, elle est repartie de plus belle. Ce week-end, en allant voir Whatever Works, le vieux brisquard m'a encore bluffé. Longtemps que je n'avais pas ri comme ça devant un film. Longtemps que je n'avais pas été surpris par son scénario et l'enchaînement des scènes, aussi grossiers soient-ils. Comme on dit parfois dans le vaudeville, plus c'est gros et plus ça passe. Chez Woody Allen, c'est énorme à plus d'un titre (et rien de graveleux là-dedans !). Ceci dit, avec l'âge, le cinéaste se lâche de plus en plus. Sous des tonnes d'humour, il parle notamment de la différence d'âge et plus globalement de toutes les différences dans le couple. Le pessimiste angoissé laisse place à un hédoniste qui s'assume. Le monde va mal et la condition humaine est plutôt insupportable alors tâchons de rendre l'épreuve la plus joyeuse possible : c'est un peu la morale (amorale) de Whatever Works, œuvre drôlement désespérée qui fait un bien fou.

vendredi 3 juillet 2009

Les Vacances de M. Hulot


De la fraîcheur, encore. Au-delà de sa thématique estivale, le film de Jacques Tati, restauré et présenté dans le dernier montage voulu par le réalisateur, celui de 1978, réveille de la torpeur ambiante. Les Vacances en question datent de 1953, autant dire une éternité. Tati, toujours en avance sur son temps, se fait d'ailleurs une joie d'épingler le côté vieillot des usages de l'époque. Derrière le film pour enfants clownesque, sorte de Chaplin à la française, l'ironie de Tati transpire dans chaque scène. Les bourgeois en goguette, les vacanciers acariâtres, l'intello fumeux ou la bimbo un peu raide semblant sortir des pages d'un magazine, tous ces saisonniers en prennent pour leur grade mais, spécificité du cinéaste, sans l'ombre d'une méchanceté. C'est à la fois du divertissement (Tati-Hulot, un peu comme Pierre Richard, est naturellement drôle et attendrissant) et du grand art, avec des inventions visuelles permanentes et un minimum de dialogues. Tati était un génial observateur de son temps. On rêve de ce qu'aurait pu saisir son regard sur le nôtre, avec son lot de bêtise, de ridicule et de fatuité...

jeudi 2 juillet 2009

Jens Lekman


C'est vrai que depuis Jack Peñate, je ne cache plus mon penchant pour les beaux garçons chanteurs. C'est terriblement injuste mais c'est un fait incontestable et incontesté : un beau mec / une jolie fille a plus de chances de trouver du travail et, si c'est un artiste, d'attirer l'attention. Ce matin même, je me suis senti subitement interpellé par le sort de Jens Lekman, chanteur suédois. J'apprends que le Morrissey local est revenu du Chili avec la grippe porcine, mais qu'il va mieux. Ouf, me voilà rassuré, mais ce coup de sort n'a pas que du mauvais puisque je m'empresse de réécouter celui qui a déjà sorti trois albums et... mais oui, dans le genre pop qui se respecte, tout en nonchalance mélancolique, non dénuée d'esprit et d'humour, c'est trop bien ! La voix est renversante, les chansons tour à tour épurées ou somptueusement habillées, piochant dans les choeurs, les cuivres, le piano, les cordes et j'en passe. Sur Oh You're So Silent Jens, compilation de plusieurs Ep's datant de 2004, Jens rivalise de tristesse et d'entrain, si bien qu'on ne sait plus lequel des sentiments prime ni sur quel pied danser. C'est tout en contrastes et globalement très beau. Je souhaite donc un prompt rétablissement à ce grand explorateur des extrêmes qui m'a rafraîchi ce début de journée (et c'est pas rien).



MySpace non-officiel mais l'officiel déconne.