Source photo : www.allocine.fr

Pour être honnête, je ne m'attendais pas à des sommets, entre la bande-annonce un peu bourrine et l'absence de palmarès à Cannes - à l'exception du prix d'interprétation pour le comédien Christoph Waltz. Honte à moi. L'amnésique que je suis avait déjà oublié que Quentin Tarantino, en expert du trompe-l'oeil, était génial et ses films, tous et sans exception, prodigieux. Je ne sais pas si cette année à Cannes il y eut mieux qu'Inglourious Basterds. Ce que je puis affirmer sans ciller, c'est qu'il s'agit d'une oeuvre majeure, à la mise en scène digne des plus grands Hitchcock. Un peu comme ce maître, Tarantino parvient à réconcilier le grand public et un cinéma exigeant et ambitieux, tout en excellant dans le mélange des genres, entre angoisse, violence (parfois insoutenable), reconstitution historique et comique pur. Dans la foulée des Kill Bill ou encore du dernier Boulevard de la mort, il ne recule devant aucun dialogue interminable, dans des longs plans-séquence au suspense intolérable. Qui d'autre que le cinéaste pour encore surprendre le spectateur dans un cinéma d'action qui en a vu tant d'autres avant lui ? Les joutes verbales sont dignes des meilleurs préliminaires : c'est une tension quasi sexuelle qui est en jeu, un jeu sado-masochiste où la peur et l'émotion emportent les dernières résistances. Les assauts physiques, quant à eux, sont aussi prompts que spectaculaires, mis à part l'éclat final. Ce qui prévaut, c'est moins la violence, rapide et tranchante, que la mise en condition, le long et sinueux chemin pour y parvenir. On a beaucoup parlé de la polémique autour des libertés qu'a prises Tarantino avec l'Histoire. Ceux qui le lui reprochent n'ont sans doute rien compris à la création et à la vie en général. A mon sens il n'y a pas plus libérateur que ce film qui à la fois donne un visage réaliste et humain à l'histoire de la 2de Guerre (dans la première scène notamment) tout en s'affranchissant du poids du passé. Il n'est pas question de l'arranger ni de le trahir mais au contraire de s'en extraire, grâce au recul de la fiction, pour mieux l'affronter. Il y aurait tant à dire sur Inglourious Basterds, ses acteurs prodigieux, les musiques d'Ennio Morricone empruntées à d'anciens films, et puis sur ce grand manipulateur de Tarantino qui manie la pellicule comme personne. Gloire donc à ce basterd unique en son genre.