mardi 15 septembre 2009
Non ma fille tu n'iras pas danser
Par Julien Grunberg, mardi 15 septembre 2009 à 11:25 :: Cinéma

Source photo www.allocine.fr
C'est un film déroutant, comme un jeu de pistes qui commencerait par un détour, un faux départ, avant de prendre son essor, révéler son sens caché. J'ai eu très peur, pendant quelques minutes, de ne pas aimer le nouveau Christophe Honoré. Pas encore tout à fait remis des Chansons d'amour, je guettais celui-ci avec plein de foi aveugle, un brin de fanatisme, forcément dangereux. Mon impatience, mes espoirs se sont donc heurtées à une drôle d'entrée en matière, des scènes bizarrement empruntées, des dialogues maladroits semblant surgir d'un mauvais téléfilm. Sympathique mais un peu convenu, ce tableau de famille à la campagne, avec notamment le très crispant Julien Honoré, le frère du cinéaste, m'a donné presque envie de prendre mes jambes à mon cou. Or, magie du cinéma, c'est Chiara Mastroianni qui s'en est chargé à ma place. Dans un élan de vitalité, qu'on pourrait appeler instinct de survie, Léna décide de tout plaquer - avant de se rétracter. C'est toute l'ambivalence de ce magnifique personnage, en proie à toutes sortes de pressions et de démons, à laquelle on assiste, médusé. Incroyable, cette Léna aussi rebutante que séduisante, adorable et exaspérante, à laquelle on s'identifie, presque malgré soi. Hormis sa beauté évidente, ce n'est pas une fille aimable, mais on se surprend à l'aimer, quoi qu'elle fasse, dise ou ressente. Il en va de même pour les autres personnages féminins, Frédérique, la soeur (bluffante Marina Foïs) et Annie, la mère (subjuguante Marie-Christine Barrault). Toutes sont pleines d'aspérités et de paradoxes : aimantes et malsaines, enchaînées mais avides de liberté, impossibles à juger car terriblement humaines. A l'image de ces figures doucement ravagées, Non ma fille tu n'iras pas danser est un beau film à la fois simple et complexe, sombre et lumineux. Surtout, Honoré confirme l'originalité de son regard. Quoi qu'il observe, c'est son anticonformisme qui est à l'oeuvre, derrière la facture "classique" du film - toutes proportions gardées. Cela passe notamment par une façon d'assumer ses défauts, ses artifices, ses références, et de jouer avec la norme, qu'il malmène et met directement en question. On est loin de la comédie, tout autant du drame. Et pourtant, Non ma fille tu n'iras pas danser est un film drôle et tragique. Comme la vie, en somme.