C'est la rentrée, l'époque des albums qu'on attend, ou pas, avec impatience ou au contraire un peu de scepticisme. Pour ma part, je guette l'arrivée des quelques Français qui m'intéressent encore. Malheureusement ils se comptent sur les doigts d'une main : je pense à Brigitte Fontaine ou encore à Benjamin Biolay, dont les premiers échantillons (respectivement Prohibition et La Superbe) laissent présager de grandes envolées. Miossec aurait pu en faire partie, mais j'avoue que la lourdeur et la facilité des textes de Finistériens, son dernier album composé par Yann Tiersen, me laisse perplexe (exemple : sur Les Joggeurs du dimanche, "veulent-ils s'alléger de leurs poids ou ne font-ils que compter, compter leurs pas..." . Je n'ai pas joggé depuis mes 12 ans mais j'avoue que la charge et l'amalgame implicites jogging = Sarkozy = dépressif latent de droite manque un peu de subtilité - bien que l'idée me fasse rigoler, c'est vrai. Il me reste à écouter le dernier M, le prochain Air, sur lesquels je reviendrai probablement. Je ne manquerai pas non plus de parler, dans un avenir proche, de nouveautés anglo-saxonnes. En attendant, je m'autorise aujourd'hui à évoquer un groupe pas tout à fait inconnu. Je parle de Muse, dont on n'attend plus grand-chose, tant il semble sonner de la même façon depuis ses débuts. Les Anglais, qui n'ont pas toujours fait dans la dentelle, revient avec The Resistance, à mon sens très réussi. L'esprit de Muse, lyrico-agressif, est toujours présent, mais cette fois avec une audace et un aplomb plutôt inhabituels dans la flageolante '"industrie du disque". Muse fait partie des poids lourds, il draine un public de masse, non insensible à ses influences classiques. Et, cette fois, il emploie les grands moyens, assume pleinement la veine symphonique et sa démesure, ses excès. Parfois les références (notamment à Queen) confinent au pastiche mais l'effet est saisissant. Parmi les instants de grâce, je mentionnerai la reprise, en français, d'un extrait de l'opéra de Camille Saint-Saëns, Samson et Dalila, qui rappelle ce que pouvait faire un Jeff Buckley avec sa voix. Muse s'essaye à l'apesanteur, la légèreté, y compris en se permettant des rythmes synthétiques, comme sur le titre Undisclosed Desires, à consonance r'n'b. The Resistance, un titre bien trouvé pour cet opus libre et décomplexé qui assume ses grands écarts et ses ambitions, tout en conquérant l'auditeur que je suis (parmi tant d'autres !).

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