Voici un article paru dans Le Monde d'hier que j'invite, si ce n'est déjà fait, à consulter. Comme son nom l'indique, il est question des voix discordantes de différents musiciens anglais qui s'élèvent au sujet du téléchargement illégal. L'Angleterre s'apprête à copier notre fameuse loi Hadopi et Lily Allen, tout comme le plus confidentiel Patrick Wolf, deux artistes que j'aime et respecte, sont pour. J'avoue que j'ai longtemps été tiraillé dans mes propres positions. J'ai toujours trouvé aberrant de punir les pirates, qui représentent une grande partie d'entre nous autres, mélomanes, tout en pensant aux répercussions pour les jeunes artistes en lancement, qui seraient les premières victimes du téléchargement gratuit : aujourd'hui c'est précisément la position de Lily Allen, qui n'oublie pas non plus de taper sur l'inertie et l'avidité des maisons de disques, lesquelles, toujours selon elle, réduiraient leurs budgets à cause du manque à gagner lié au piratage. Etrange position qui revient à dire que oui, les maisons de disques sont des salopes mais que, tout de même, les artistes en dépendent, donc qu'il vaut mieux malgré tout conforter le système actuel en achetant les disques au prix fort. Rebelle et conformiste, la Lily. Du coup, cette contradiction profonde, ce consensus mou me déçoit un peu et me donne presque envie de plaider pour l'illégalité... Dans le même article, le point de vue tout autre du chanteur de Muse, Matt Bellamy, est résumé ainsi : "Pour le meilleur ou pour le pire, le téléchargement illégal est désormais devenu la norme". Il plaide donc "pour une taxe prélevée directement sur les abonnements à Internet, proportionnelle à la consommation de bande passante, et qui serait redistribuée aux créateurs." Et là, d'un coup, j'approuve. D'autant que, ce dont ne parle pas Lily Allen, ce sont toutes les conséquences, positives en terme de diffusion et donc de ventes de billets de concert, du téléchargement gratuit. Certes les artistes en lancement vendent moins, mais ils sont plus écoutés et ont donc plus de chance d'attirer puis de fidéliser leur public sur scène. Ce qu'ils perdent d'un côté, ils le gagnent de l'autre, et la logique comptable des maisons de disques, qui ne font que brandir les mauvais chiffres, les rend obtus et, souvent, de mauvaise foi. Il en est de même pour le streaming : il est intéressant de constater les différentes stratégies adoptées pour un lancement de disque. Moi-même, j'ai écouté en boucle le deuxième album de Lily Allen, un temps en écoute sur son MySpace. Ce qui m'a poussé à acheter le CD (et à rentrer dans le rang...). Si EMI, sa maison de disques, avait décidé, à la manière d'Universal, de ne diffuser que des extraits d'extraits, je ne l'aurais tout simplement pas écouté. Donc pas acheté. Et, comme tout le monde, j'aurais vu en Lily Allen la sympathique chanteuse de Fuck You, séduisante mais sans plus. A mon sens, on peut étendre cette logique du streaming au téléchargement gratuit. Quand on aime, on achète. Encore faut-il nous en laisser les moyens : le temps pour aimer, le juste prix pour acheter. Et puisque Lily Allen me déçoit, c'est décidé, je n'irai pas la voir au Zénith. Mesquin, ou simplement logique ? Ok, j'abuse, mais de toute façon c'était trop cher...

YouTube Lily Allen