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C'est sûr, Hôtel Woodstock souffre un peu de la comparaison avec Le Secret de Brokeback Mountain, le précédent et célèbre film du réalisateur Ang Lee. Ceux qui viennent y chercher la même intensité dramatique, de celles qui laissent K.-O. longtemps après la séance, risquent de ne pas la retrouver cette fois. Pourtant à mes yeux Hôtel Woodstock mérite d'être vu, et à plus d'un titre. On retrouve la même contemplation, cette lenteur, au sens positif du terme, qui prend le temps de camper une situation (c'est le cas de le dire), de raconter des histoires ancrées dans un quotidien plus ou moins terne avant de se propulser vers des horizons plus inattendus. L'histoire du festival de Woodstock n'est certes pas commune. Mais derrière la version officielle, et disons superficielle, des têtes d'affiche rock et de leur public de babas cool pataugeant dans la boue, se cachent d'autres territoires, de nouveaux secrets qu'Ang Lee s'empresse d'explorer avec une acuité et une sensibilité certaines. On est loin des images choc et de l'efficacité à tout prix, hormis dans les quelques scènes où l'écran est fragmenté en plusieurs perspectives simultanées. Le rythme parfois semble même calé sur l'état d'esprit de certains protagonistes du film à l'état passablement second. Woodstock, c'est aussi 69, un paradis artificiel né en pleine année érotique : le spectacle est beau et donne lieu à une des plus belles scènes du film. Ang Lee, qui parvient à transcender la simple reconstitution, prend également le soin de rappeler le contexte de guerres de l'époque (Vietnam, Israël...) et, au-delà de la caricature et de la simple comédie, saisit le tournant sociétal fondamental et le symbole, éphémère, qu'a représenté Woodstock. Hôtel Woodstock n'est pas que divertissant. C'est aussi, à la manière du Harvey Milk de Gus Van Sant, le témoignage émouvant d'une ère précieuse à l'espérance nécessaire.