Florence Foresti
Par Julien Grunberg, lundi 5 octobre 2009 à 11:08 :: Scène :: #133 :: rss

Je n'y allais pas à reculons, loin de là, mais avec une légère appréhension, du style : d'accord, Florence Foresti est drôle, d'ailleurs elle plaît à tout le monde, mais sera-t-elle VRAIMENT drôle, percutante, étonnante, bref saura-t-elle se renouveler et faire aussi bien voire mieux que d'habitude ? Grosse pression que je lui mettais (dans ma tête). Je me demande même comment elle y a survécu. Pourtant, quand la "comique" déboule comme une furie sur la scène du Palace, le doute n'est plus permis. Cette fille est tout sauf simple, banale, ordinaire, contrairement à l'image un peu lisse qu'elle véhicule parfois dans ses interviews. A son sujet, on a parlé (Stéphane Guillon notamment) d'humour consensuel, s'adressant au plus grand nombre, donc inoffensif. Raccourci fort bête qui ne se vérifie pas une seconde dans Motherfucker, son nouveau spectacle. Evidemment, le rire est franc et ne donne pas l'impression de brusquer, comme le font les comiques "méchants" et provocateurs qui ont l'impression de faire avancer le monde. Foresti fait rire, souvent aux larmes, parce qu'elle est naturellement, viscéralement drôle, rien que par sa présence physique, son corps, ses poses grotesques - et parfois sexy. Mais les thèmes qu'elle aborde et les mots qu'elle choisit pour les dire n'ont rien d'évident. Encore une fois, son féminisme s'exprime insidieusement, sans gros sabots mais avec légèreté et justesse. Sa façon de parler d'elle, de son nouveau "rôle" de maman notamment, a quelque chose de libérateur. Quitte à forcer le trait (il s'agit d'un spectacle, pas de confession intime), elle met à mal toute forme d'angélisme au sujet de la maternité ou de l'éducation. Je ne suis pas une mauvaise mère mais une mère mauvaise, semble-t-elle nous dire, et on la comprend. Foresti n'est pas qu'une mère, de la même façon que Motherfucker n’est pas un spectacle sur la maternité. Il est aussi question du couple, de l’âge, et beaucoup de notre époque, y compris dans ce qu’elle a de pire. Ce glissement vers le politique, le social, semble amorcer un tournant. Mais aucun risque de prise de tête ou de gravité; chez "Forest", comme elle s’appelle elle-même, l’autodérision a toujours le dernier mot.
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