Depuis Trash Yéyé, son précédent album, je m'intéresse à nouveau à Benjamin Biolay. Jusque-là, j'aimais ses chansons, monotones et un peu tristes, mais je les laissais à leur place et à distance, pas plus curieux que ça. Mais impossible de passer à côté de la rage, de la noirceur foudroyante consécutives à ses désillusions amoureuses, qui imprègnent désormais son écriture. Avec le nouveau La Superbe, double album encensé par la critique, Biolay a fait des progrès. Certes, le garçon est toujours aussi sombre, mélancolique et désabusé, mais il a mis de côté sa hargne adolescente, son ressentiment post-placage. Le tableau est globalement morose mais il laisse place à la lumière de temps en temps. Comme il le dit lui-même, L'Espoir fait vivre, avec toute la duplicité que cela implique. Non, Biolay ne chantera jamais l'amour au premier degré et à pleins poumons, c'est ainsi - et paradoxalement c'est heureux. En 23 chansons à la variété exigeante, le musicien, qui je le rappelle compose et écrit magnifiquement bien, a par ailleurs le bon goût de ne pas se cantonner à un seul style de chanson franco-française. Inspiré en partie par le rap mais aussi par ses maîtres français, de Gainsbourg à Bashung, son flow se prête naturellement à ses humeurs doucement torturées. Biolay, qui connaît la musique, puise aussi, et avec aisance, dans le jazz, l'électro, et se surpasse une fois encore dans les arrangements de piano et de cordes, comme en témoigne les chansons La Superbe ou encore Ton héritage, deux monuments parmi d'autres. Un chanteur français, vivant, dont on peut être fier, ce n'est pas si courant, c'est même en voie de disparation. Raison de plus pour le chérir et l'acclamer, et sans réserve.

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