Une heure et quinze minutes, debout dans l'atmosphère suffocante d'une Maroquinerie surchauffée et pleine à craquer. Une bière, le ventre creux et c'en est trop pour moi. Juste après le rappel, je suis à deux doigts de m'effondrer. Ce que j'évite soigneusement en titubant le plus dignement possible vers la sortie, ratant ainsi le dernier quart d'heure tiersenien. Est-ce un avertissement pour moi qui ai passé l'âge des concerts rock où la moyenne d'âge voisine autour de 25 ans ? Je ne suis pas le seul à partir avant la fin. Pour d'autres raisons, que je soupçonne d'être directement liées au concert et à la quantité impressionnante de décibels prises dans nos oreilles, je les vois courir vers la sortie. Près de moi, un couple porte des boules Quiès. De l'autre côté, un vieux dans mon genre (je veux dire plus de 30 ans) tente de sauver son audition, ou ce qu'il en reste, une main calée de chaque côté du visage. Je me dis que les amoureux d'Amélie Poulain sont un peu décontenancés. Ce n'est pas exactement mon cas, j'ai déjà entendu Yann Tiersen se prêter à des audaces soniques lors d'un précédent concert à l'Elysée Montmartre. Je m'étais d'ailleurs presque ennuyé ce soir-là, où le musicien génial brillait plus par la technique que par la musicalité. Rien à voir avec le concert de ce soir, qui réussit le grand écart entre envolées lyriques, déploiement électrique et même électronique. Je n'ai jamais entendu Yann Tiersen sonner comme ça tout en reconnaissant son style unique. Certes, lui et ses musiciens font pas mal de bruit mais au final c'est harmonieux et pas bourrin pour un sou. A part quelques accalmies, il s'éloigne de la douceur qu'on lui connaît et va vers plus de virulence. Comme une envie de casser l'image parfois lisse qui colle, à tort, à sa musique. Cette fois, la prise de risque est réelle, palpable, ne serait-ce que par le pied-de-nez qu'il fait en se produisant dans une salle minuscule, sans nouvel album à vendre, mais aussi un peu partout (dans quelques jours il jouera en Russie). J'essayerai de mieux me tenir la prochaine fois - et j'avoue, un confortable fauteuil à l'Olympia fera très bien l'affaire...
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