Il y a des répliques, dans “Le Skylab”, qu’on n’oserait même pas citer sans rosir. Parce que, sorties du contexte, elles pourraient figurer dans un spectacle de Jean-Marie Bigard et, disons-le, nous faire un peu honte. Le film de Julie Delpy fait énormément rire. Pas du genre rire gras, content de lui et un peu beauf. Plutôt du genre à surprendre, à prendre des risques – donc parfois limite, mais très libérateur. Des beaufs, justement, il en est beaucoup question dans “Le Skylab”, même si le terme, condescendant, ne convient pas ici. On ne se sent pas gêné dans cette réunion de famille dont la plupart des membres aiment Michel Sardou, n’assument pas leurs origines, quand ils ne sombrent dans le racisme, plus ou moins ordinaire. Mais, comme dans la vie (le miroir est saisissant), le grave, voire le sordide, peuvent jaillir sans prévenir et laisser chaos, sans voix. Julie Delpy, dans le rôle de la soixante-huitarde déchaînée, assume volontiers la place du spectateur, témoin d’opinions et de sentiments qui la dépassent. Elle n’épargne personne : les « gauchistes » dans son genre en prennent aussi pour leur grade. Il faut saluer la prise de risques maximale de la comédienne-réalisatrice qui, derrière l’apparente comédie franchouillarde bien de chez nous et sans prétention, reconstitue avec justesse la fin des années 1970 (le disco, le punk, les shorts moulants, Rahan…), parle avec acuité de l’enfance, de l’adolescence, du couple et de la solitude, le tout en 1 h 53 et avec une quantité impressionnante de personnages qui parviennent à exister dans le peu de temps qui leur est imparti. C’est riche, jamais indigeste. Julie Delpy a des tas de souvenirs, de choses à dire et elle y parvient, sans jamais lasser. Question de rythme, d’élégance de mise en scène. On en sort bousculé, mais léger.