Certaines œuvres se révèlent à la lumière de leurs défauts. Polisse de Maïwenn est dans cette catégorie-là, bien qu'inclassable. Bourré de maladresses plus ou moins volontaires – comme si la comédienne-réalisatrice revendiquait un côté amateur, pur car sans concession –, le film cherche à violenter, et déclenche des émotions parfois contradictoires. Dans ce portrait au coup par coup de la brigade des mineurs parisienne, il y a des scènes qu'on aimerait ne pas voir. Non pas parce qu'elles sont difficiles à regarder, supporter – il faut le savoir, Polisse est du genre lourd, malgré ses quelques échappées comiques –, mais à cause de leur charge intrinsèquement pathétique, leur redondance. Quand Maïwenn vient chercher de l'émotion là où elle est sûre d'en trouver, le procédé est non seulement discutable mais surtout il a ses limites. Certes, voir un camp de Roms délogés par la police et les CRS et les enfants séparés de leurs parents va peut-être contribuer à rendre moins xénophobes ceux qui n'aiment pas les Roms. Cela va même donner un visage plus humain aux policiers qui font, on le voit bien, un travail de chien. Ce n'est pas rien mais, dans ce registre-là, on préférerait voir un documentaire qui serait, en théorie, plus près de la vérité.
Autre scène prompte à faire pleurer dans les salles obscures : celle où une maman africaine est séparée de son fils, faute de place en foyer. Fred (génial Joey Starr) tente de calmer les cris du petit. Le spectateur, lui, n'a pas le choix : il ne peut que compatir et pleure, ou ravale ses larmes, avec Fred. Ok, mais après ?
Maïwenn ne cache pas par ailleurs son penchant pour le clash : scènes de ménage, confrontations, engueulades. Souvent ça passe et c'est même jouissif (comme dans la scène avec le Coran, entre la policière Nora et le père de famille intégriste), d'autres fois c'est superflu, voire complètement raté (notamment la scène entre “Papa”, joué par Frédéric Pierrot, et sa femme). On évitera de trop en dire sur d'autres scènes de Polisse, qui parfois fait mouche, malgré sa surcharge et ses intentions un peu trop manifestes de bien faire. Le film secoue surtout quand il s'aventure vers moins de facilité : quand, en confiance et pleine possession de ses moyens, Maïwenn prend de vrais risques, ose plus d'inattendu (notamment les scènes, tout en retenue, avec Sandrine Kiberlain) et moins d'émotion balisée. Dans ces moments-là, on verse moins de larmes mais on est stupéfait.