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jeudi 5 novembre 2009

Deadline


Laisser une trace avant la fin. Cette préoccupation propre à tous les artistes devient urgence quand la mort se sait imminente. Une urgence qui a sensiblement orienté et façonné les œuvres très contrastées de Deadline, l'exposition actuellement présentée au Musée d'art moderne de Paris. Il y a évidemment plusieurs approches de la mort, plus ou moins angoissées, ou enragées, selon l'âge où elle s'apprête à emporter, tout en produisant toutes sortes de réactions. Quand le photographe américain Robert Mapplethorpe ou l'artiste israélien Absalon se savent condamnés à court terme par leur sida, l'art devient témoignage, un peu à la façon d'Hervé Guivert filmant sa propre agonie dans La Pudeur ou l'Impudeur. Absalon hurle sa colère en nous fixant de l'autre côté de l'écran, Mapplethorpe défie la mort, non sans ironie, en agrippant sa canne surmontée d'un crâne humain. Se sachant atteint d'un cancer, James Lee Byard met en scène sa propre échéance et la transforme en œuvre lumineuse et dorée, loin de toute noirceur. Et, à 82 ans, l'Allemand Hans Hartung, victime d'une attaque cérébrale et physiquement diminué, exprimera une force et un dynamisme qui vont transcender ses grandes toiles abstraites et éthérées. Ils sont douze au total, hommes en colère, femmes au bord de la crise de nerfs, prêts quoi qu'il en soit à en découdre. Transformée en vitalité, leur urgence devient la nôtre.

jeudi 21 mai 2009

David Lachapelle


Etrange entrée en matière. A l'hôtel de la Monnaie, le visiteur est accueilli par des oeuvres récentes du photographe, fidèles à son univers et à son esprit. Comme souvent, le sacré y côtoie le vulgaire, Paris Hilton hérite d'une place d'honneur, le beau et le laid s'entremêlent avec, en message subliminal, la critique de notre société de consommation. La différence est dans la manière : en lieu et place des photos attendues, on a droit à des installations en carton. On se croirait à une présentation de fin d'année d'apprentis artistes. C'est moche, brouillon, mal intégré au décor du lieu, à tel point qu'on ne sait plus si c'est, ou non, intentionnel. Passé cette première déception, la rétrospective dévoile quelques images apocalyptiques qui ne sont pas des redites des précédentes. Quand Lachapelle s'éloigne de la mode et de ses provocations un peu lassantes et conformistes, il interpelle tout en émouvant, comme dans ces clichés de musées dévastés ou ce jeune Arabe transformé en Gulliver en proie à une armée de minifemmes voilées. A voir (jusqu'au 31 mai), même si tout n'est pas bon dans ce cochon (d'artiste).

lundi 23 mars 2009

Un certain regard


Toutes sortes de mises en abyme dans cette exposition très hot du photographe François Rousseau. Artiste(s) au travail, travaux de/des artiste(s), modèles transformés en oeuvre d'art, le regard se perd dans ce croisement de perspectives plus sensuelles les unes que les autres.
L'Atelier de François Rousseau, d'après le roman L'Atelier du peintre du romancier Patrick Grainville, à découvrir dans une belle mise en espace à la Maison Européenne de la Photographie jusqu'au 5 avril prochain.



mardi 7 octobre 2008

Luxe et pacotille


New York me poursuit, ou bien c'est moi. En tout état de cause, elle se rappelle régulièrement à mon souvenir. En effet, après avoir découvert Jeff Koons au sommet du Met, en plein Central Park, je l'ai retrouvé le week-end dernier au palais de Versailles. Les petits-bourgeois de la commune s'offusquent de la présence de ces "horreurs" dans ce temple de la noblesse et du classicisme. D'autres s'indiffèrent, trouvant ça tout simplement "moche" ou sans intérêt. Moi, je trouve ça plutôt plaisant, souvent pertinent et impertinent. Dans le déluge de luxe, la préciosité des étoffes, des lustres et des ors, un peu de plastique a l'avantage de remettre les idées en place, de réveiller le regard. Versailles multiplie les excès, la débauche de moyens à l'attention du roi, lui rendant indirectement ou non hommage dans chacune de ses chambres, chaque couloir : murs, plafonds, parquets, tout est uniformément parfait. A la longue, cette perfection peut devenir lassante. Alors, quand l'autoportrait Koons, un buste de marbre assez laid, trône au milieu du salon d'Apollon, c'est comme un juste retour des choses. Koons squatte Versailles, il repartira avec ses babioles et bibelots avant Noël et en attendant il a bien le droit d'afficher sa mine fière dans les salons royaux, puisqu'il a directement imprégné les lieux de son art. C'est vrai qu'il vole un peu la vedette aux Louis, c'est lui qu'on photographie, lui qui fait pousser des "ah" et des "oh" aux visiteurs, mais c'est aussi grâce à lui qu'on a envie de voir ou revoir le château, d'apprécier ses chefs-d'oeuvre, et qu'on remarque certains détails d'habitude noyés dans le faste d'ensemble.

Elle est pas belle, la vie ?