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jeudi 31 décembre 2009

Plein Sud


Au rayon souvenirs de jeunesse, après Patrice Chéreau et avant l'année 2010 qui s'apprête à se pointer, voici le nouveau Sébastien Lifshitz, Plein Sud. Tout garçon sensible né avant 1980, voire 1985, a forcément vu Presque rien. Du moins j'ai du mal à envisager l'inverse. Pour moi qui, pendant un certain temps, ai contemplé les visages et les torses du couple Jérémie Elkaïm-Stéphane Rideau (poster géant bien à portée de vue, à quelques mètres de mon lit), Sébastien Lifshitz est de ces cinéastes qu'on ne rate pas. Au-delà de l'émotion érotique que certaines de ses images m'ont procuré (toujours dans Presque rien, la scène où Stéphane Rideau est embouti sur la plage vaut bien l'intégrale de Cadinot !), j'ai aimé sa mélancolie et sa noirceur, à mille lieues de l'image angélique conçue à l'époque par Pierre et Gilles pour l'affiche du film.
Plein Sud succède à Wild Side, qui mettait en scène un trio atypique composé notamment d'une transsexuelle. Cette fois, il s'agit d'un quatuor de jeunes et jolis (presque trop) évoluant dans une ambiance de road movie. Je ne vais pas faire durer le suspense (intenable) concernant ce que j'ai pensé du film. Alors oui, j'ai été en partie déçu par cette histoire bien convenue de la part de Lifshitz qui m'avait jusque-là habitué à l'étrange, la différence, l'inattendu même. Ecrit à trois mains, le scénario de Plein Sud, centré sur un personnage hanté par la mort de son père, ne tient pas tout à fait la route. Comme le trio de jeunes acteurs qui finissent abandonnés sur une plage, je me suis senti laissé au bord du chemin, ni concerné ni particulièrement touché par cette histoire de vengeance un peu bancale. Mais, il y a un mais, je dirais que Lifshitz est avant tout un garçon d'images - un peu comme James Cameron et son Avatar, toutes proportions gardées. Et, tout en passant à côté de l'histoire de Sam (Yannick Renier), j'ai été troublé plus d'une fois par la force et l'érotisme torride de certains plans. Je ne suis pas lesbienne mais la première scène avec Léa Seydoux, qui drague la caméra avec aplomb, m'a fasciné. Et, une fois encore, les plages semblent inspirer le cinéaste qui y filme ses acteurs dans une lumière flatteuse, en plein jour comme de nuit, au coin du feu. Ces images, alliées à la bande-son (John Parish, Marie Modiano...) pourraient amplement suffire à elles-mêmes. Dommage que les dialogues et un canevas un peu trop explicite alourdissent le tableau.

vendredi 18 décembre 2009

Persécution


Le temps passe, certaines oeuvres restent, et moi je change. Tombe la neige, aussi. Tour ça pour dire qu'hier je suis allé voir Persécution, le dernier film de Patrice Chéreau. Un réalisateur dont j'avais aimé, à leur sortie ou en décalé, L'Homme blessé, La Reine Margot ou encore Ceux qui m'aiment prendront le train. J'avais aussi adoré le voir sur scène, avec Pascal Greggory, dans La Solitude des champs de coton de Koltès. Quelques moments forts dans ma vie de jeunot d'alors, en mal d'expériences nouvelles et de sensations fortes. Et puis, j'ai revu, plus récemment, des images, à la télévision, de cette fameuse Solitude et j'ai trouvé Chéreau cabotin, pour ne pas dire lourdaud. J'ai vu, aussi, le très ampoulé et maniéré Gabrielle, avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Grosse déception qui confirmait que, peut-être, j'en avais fini avec cet artiste qui jadis marqua ma jeunesse. Petite parenthèse, j'étais tombé, à l'âge de 19 ans, sur une citation de Chéreau à propos de l'homosexualité. Il l'assimilait, je résume grossièrement, à une vie de malheur. Evidemment, l'épidémie du sida était passée par là et on peut facilement comprendre la noirceur de son point de vue. Mais il y avait aussi une forme de fatalisme qui m'avait beaucoup choqué et, dans l'inexpérience qui était la mienne, j'avais pris cette citation pour argent comptant. Puisque Chéreau le disait, j'étais donc voué à être seul et malheureux. Les temps ont beaucoup changé, grâce à un tas d'avancées, et ce genre de réflexion semble datée aujourd'hui. Tout ne va pas pour le mieux, loin de là, mais au moins l'espoir est permis.
Cette parenthèse, plus longue que prévu, n'est pas totalement étrangère à ce que j'ai pu ressentir pendant la projection de Persécution. Dans le film, le personnage de Romain Duris, névrosé insupportable, personnifie cette impression étrange, double, que Chéreau peut susciter. Dans sa façon torturée de se confronter au monde et aux êtres, Daniel, le personnage en couple avec Sonia (lumineuse Charlotte Gainsbourg, qui allège l'atmosphère empesée du film), n'a rien d'un garçon de son temps. Daniel, d'ailleurs, est un prénom de vieux, du moins pas celui d'un trentenaire, et ce n'est pas un hasard. Hypersensible, il se mêle de tout, prend chaque chose à coeur et avance dans la vie de façon douloureuse, laborieuse (c'est aussi un acharné du travail). Bref, il prend l'existence au sérieux et, incapable de légèreté et d'humour, il se prend lui-même encore plus au sérieux. La folie le guette, l'attire et le rend perméable à celle, parfois plus dangereuse, des autres. J'ai été sensible au côté entier du personnage, qui est passionné, sans compromis ni concessions, mais c'est pourtant son côté antipathique, irritant, que je retiens. Surtout, sa complaisance pour le malheur est insupportable. Daniel fait débat, ce n'est pas un personnage lisse et c'est plutôt bon signe, mais son côté obscur prend le pas sur le reste. Peut-on aimer quelqu'un ou, en l'occurrence, un film si peu aimables ? C'est peut-être le pari risqué de Chéreau, et il mérite réflexion. Disons que j'ai détesté mais que, étrangement, ça m'a fait du bien...

mardi 3 novembre 2009

Le Ruban blanc


Le plus déroutant avec ce film radical, quoique accessible, c'est de le voir dans une salle presque remplie. Pas un cinéma désert du Quartier latin, avec deux étudiants-trois retraités, non, une foule de jeunes et moins jeunes dans un grand complexe du quartier de l'Opéra. L'effet Palme d'or y est sans doute pour quelque chose et son sujet aussi. L'Autrichien Michael Haneke, maître dans l'art de montrer du doigt, de déranger, voire de provoquer le malaise, s'attaque aux sources du mal, celui qui débouchera des années plus tard sur l'Allemagne nazie et sa folie meurtrière. Il n'y a pas pour autant de démonstration implacable, de leçon d'histoire. Le cinéaste ne fait pas dans le documentaire mais dans la fiction, bien qu'elle se nourrisse de la force du réel, avec une stylisation (sublime noir et blanc), des situations et des personnages dignes d'un film surnaturel. Dans ce village maudit, qui étouffe dans ses conventions, son traditionalisme et baigne dans ses inégalités, un vent de révolte souffle mais s'exprime sournoisement. Le non-dit règne et cède la place à des actes d'une grande cruauté, signes avant-coureurs d'un barbarisme sans nom. Et quand les langues se délient, c'est toute la noirceur de l'être humain qui s'exprime, ou plutôt éructe, comme un venin nauséabond - je pense à la scène tragi-comique du règlement de compte entre le médecin et son amante, à la fois glaçante et risible. Le ruban blanc fait référence à la pureté, celle que la famille du pasteur du village souhaite faire perdurer à tout prix, quitte à provoquer des dégâts irréparables. Mais pas d'ostracisme de la part de Haneke. Certes, il y a des causes et des conséquences mais la violence en question est diffuse et s'infiltre partout. Les seuls personnages qui y échappent sont l'instituteur (également voix off de l'histoire) et sa promise. Le premier prend de la hauteur sur ce récit, en figurant le point de vue du spectateur, la seconde est un temps écartée du village et de son environnement malsain, faisant ainsi perdurer son innocence et sa fraîcheur. Dans ce contexte oppressant, le seul salut possible semble la fuite. Mais étrangement il n'en est pas de même pour le spectateur, qui prend un plaisir presque pervers à contempler le naufrage.

mardi 29 septembre 2009

Hôtel Woodstock


Source photo www.allocine.fr

C'est sûr, Hôtel Woodstock souffre un peu de la comparaison avec Le Secret de Brokeback Mountain, le précédent et célèbre film du réalisateur Ang Lee. Ceux qui viennent y chercher la même intensité dramatique, de celles qui laissent K.-O. longtemps après la séance, risquent de ne pas la retrouver cette fois. Pourtant à mes yeux Hôtel Woodstock mérite d'être vu, et à plus d'un titre. On retrouve la même contemplation, cette lenteur, au sens positif du terme, qui prend le temps de camper une situation (c'est le cas de le dire), de raconter des histoires ancrées dans un quotidien plus ou moins terne avant de se propulser vers des horizons plus inattendus. L'histoire du festival de Woodstock n'est certes pas commune. Mais derrière la version officielle, et disons superficielle, des têtes d'affiche rock et de leur public de babas cool pataugeant dans la boue, se cachent d'autres territoires, de nouveaux secrets qu'Ang Lee s'empresse d'explorer avec une acuité et une sensibilité certaines. On est loin des images choc et de l'efficacité à tout prix, hormis dans les quelques scènes où l'écran est fragmenté en plusieurs perspectives simultanées. Le rythme parfois semble même calé sur l'état d'esprit de certains protagonistes du film à l'état passablement second. Woodstock, c'est aussi 69, un paradis artificiel né en pleine année érotique : le spectacle est beau et donne lieu à une des plus belles scènes du film. Ang Lee, qui parvient à transcender la simple reconstitution, prend également le soin de rappeler le contexte de guerres de l'époque (Vietnam, Israël...) et, au-delà de la caricature et de la simple comédie, saisit le tournant sociétal fondamental et le symbole, éphémère, qu'a représenté Woodstock. Hôtel Woodstock n'est pas que divertissant. C'est aussi, à la manière du Harvey Milk de Gus Van Sant, le témoignage émouvant d'une ère précieuse à l'espérance nécessaire.

lundi 21 septembre 2009

Humpday


Source photo www.allocine.fr

Humpday finit par un gros éclat de rire, bête et gras, et ce n'est pas anodin. Présenté comme une comédie hilarante dans la pure tradition du cinéma américain indépendant, le film est certes drôle, souvent, mais pas que. Ces deux hétéros pur jus, si j'ose dire, "enchaînés" à un projet de film porno qui devra les faire coucher l'un avec l'autre, sont surtout, le détail a son importance, filmés par une réalisatrice, Lynn Shelton, également présente en tant qu'actrice (l'hôtesse blonde de la fête). Le regard est donc tout sauf complaisant sur ces pauvres garçons un peu perdus, qui ont autant de choses à prouver l'un à l'autre qu'à eux-mêmes. Dans Humpday, ils n'apparaissent pas sous leur meilleur jour : plus que des hommes, et malgré leur virilité fièrement portée, ils ressemblent à des adolescents aux jeux et aux comportement puérils. Un portrait loin d'être flatteur sans pour autant être à charge, et c'est là tout l'intérêt du film. L'extrême lucidité de la caméra, au-delà de la caricature, n'est que bienveillante : les deux protagonistes mâles, suivis au plus près dans un effet de réalisme très réussi (je ne parle pas de sexe, en l'occurrence), sont déshabillés, mis à nu, au propre comme au figuré. Les masques tombent et laissent apparaître une fragilité, voire une mélancolie à mille lieues des fanfaronnades affichées. Bien que confrontés à un scénario plutôt atypique et improbable, ces deux "losers" sympathiques et touchants semblent plus vrais que nature. Car seul le miroir déformant de la fiction, et une réalisatrice particulièrement douée, permettent, paradoxalement, autant de vérité.

mardi 15 septembre 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser


Source photo www.allocine.fr

C'est un film déroutant, comme un jeu de pistes qui commencerait par un détour, un faux départ, avant de prendre son essor, révéler son sens caché. J'ai eu très peur, pendant quelques minutes, de ne pas aimer le nouveau Christophe Honoré. Pas encore tout à fait remis des Chansons d'amour, je guettais celui-ci avec plein de foi aveugle, un brin de fanatisme, forcément dangereux. Mon impatience, mes espoirs se sont donc heurtées à une drôle d'entrée en matière, des scènes bizarrement empruntées, des dialogues maladroits semblant surgir d'un mauvais téléfilm. Sympathique mais un peu convenu, ce tableau de famille à la campagne, avec notamment le très crispant Julien Honoré, le frère du cinéaste, m'a donné presque envie de prendre mes jambes à mon cou. Or, magie du cinéma, c'est Chiara Mastroianni qui s'en est chargé à ma place. Dans un élan de vitalité, qu'on pourrait appeler instinct de survie, Léna décide de tout plaquer - avant de se rétracter. C'est toute l'ambivalence de ce magnifique personnage, en proie à toutes sortes de pressions et de démons, à laquelle on assiste, médusé. Incroyable, cette Léna aussi rebutante que séduisante, adorable et exaspérante, à laquelle on s'identifie, presque malgré soi. Hormis sa beauté évidente, ce n'est pas une fille aimable, mais on se surprend à l'aimer, quoi qu'elle fasse, dise ou ressente. Il en va de même pour les autres personnages féminins, Frédérique, la soeur (bluffante Marina Foïs) et Annie, la mère (subjuguante Marie-Christine Barrault). Toutes sont pleines d'aspérités et de paradoxes : aimantes et malsaines, enchaînées mais avides de liberté, impossibles à juger car terriblement humaines. A l'image de ces figures doucement ravagées, Non ma fille tu n'iras pas danser est un beau film à la fois simple et complexe, sombre et lumineux. Surtout, Honoré confirme l'originalité de son regard. Quoi qu'il observe, c'est son anticonformisme qui est à l'oeuvre, derrière la facture "classique" du film - toutes proportions gardées. Cela passe notamment par une façon d'assumer ses défauts, ses artifices, ses références, et de jouer avec la norme, qu'il malmène et met directement en question. On est loin de la comédie, tout autant du drame. Et pourtant, Non ma fille tu n'iras pas danser est un film drôle et tragique. Comme la vie, en somme.

vendredi 28 août 2009

Un prophète


Source photo www.allocine.fr

Le pôle emploi m'a demandé de signaler mes congés. 35 jours par an, tout chômeur est en droit de prendre des vacances. C'est en patientant dans l'entrée glauque du bâtiment niché dans une impasse tout aussi lugubre que j'ai eu accès à cette information. Demain matin je pars en Corse, pour une durée de deux semaines, et puisque le pôle emploi me laisse partir sans chigner, j'espère également que les fidèles lecteurs du Pitch ne me tiendront pas rigueur de cette absence... Quoi qu'il en soit, quiconque me suit, et forcément m'aime (!), saura désormais le pourquoi de mon silence prolongé. J'espère également que je serai le bienvenu là-bas, même si l'image des Corses, déjà bien entamée, vient sérieusement d'en prendre un coup via le film de Jacques Audiard, Un prophète. 2h30 au coeur d'une prison française où le clan corse, notamment, fait sa loi... Dans ce film on ne peut plus réaliste, le temps m'a semblé long, très long. Depuis les séries Oz et Prison Break, on avait pu comprendre que l'expérience carcérale n'était pas tout à fait une partie de plaisir. Chez Audiard, la prison est toujours aussi atroce mais elle passe en même temps pour un lieu d'apprentissage où, tant qu'à faire sa peine, il faut tenter de "sortir moins con qu'on est rentré", dixit un des personnages. L'idée pourrait plaire à Nicolas Sarkozy, bien qu'il aurait du mal à louer le parcours fort illicite du personnage principal, qui, grâce à son intelligence, son opportunisme et sa dureté, va pouvoir survivre et échapper à son destin. J'y vois sans mal une métaphore du monde moderne, plutôt impitoyable, qui m'a rendu la projection d'Un Prophète désagréable, car dérangeante, et pas seulement à cause des Corses - au demeurant charmants, pour la plupart d'entre eux, dans la vraie vie ! Sur ce, bonne rentrée et à bientôt.

mercredi 26 août 2009

Inglourious Basterds


Source photo : www.allocine.fr

Pour être honnête, je ne m'attendais pas à des sommets, entre la bande-annonce un peu bourrine et l'absence de palmarès à Cannes - à l'exception du prix d'interprétation pour le comédien Christoph Waltz. Honte à moi. L'amnésique que je suis avait déjà oublié que Quentin Tarantino, en expert du trompe-l'oeil, était génial et ses films, tous et sans exception, prodigieux. Je ne sais pas si cette année à Cannes il y eut mieux qu'Inglourious Basterds. Ce que je puis affirmer sans ciller, c'est qu'il s'agit d'une oeuvre majeure, à la mise en scène digne des plus grands Hitchcock. Un peu comme ce maître, Tarantino parvient à réconcilier le grand public et un cinéma exigeant et ambitieux, tout en excellant dans le mélange des genres, entre angoisse, violence (parfois insoutenable), reconstitution historique et comique pur. Dans la foulée des Kill Bill ou encore du dernier Boulevard de la mort, il ne recule devant aucun dialogue interminable, dans des longs plans-séquence au suspense intolérable. Qui d'autre que le cinéaste pour encore surprendre le spectateur dans un cinéma d'action qui en a vu tant d'autres avant lui ? Les joutes verbales sont dignes des meilleurs préliminaires : c'est une tension quasi sexuelle qui est en jeu, un jeu sado-masochiste où la peur et l'émotion emportent les dernières résistances. Les assauts physiques, quant à eux, sont aussi prompts que spectaculaires, mis à part l'éclat final. Ce qui prévaut, c'est moins la violence, rapide et tranchante, que la mise en condition, le long et sinueux chemin pour y parvenir. On a beaucoup parlé de la polémique autour des libertés qu'a prises Tarantino avec l'Histoire. Ceux qui le lui reprochent n'ont sans doute rien compris à la création et à la vie en général. A mon sens il n'y a pas plus libérateur que ce film qui à la fois donne un visage réaliste et humain à l'histoire de la 2de Guerre (dans la première scène notamment) tout en s'affranchissant du poids du passé. Il n'est pas question de l'arranger ni de le trahir mais au contraire de s'en extraire, grâce au recul de la fiction, pour mieux l'affronter. Il y aurait tant à dire sur Inglourious Basterds, ses acteurs prodigieux, les musiques d'Ennio Morricone empruntées à d'anciens films, et puis sur ce grand manipulateur de Tarantino qui manie la pellicule comme personne. Gloire donc à ce basterd unique en son genre.

dimanche 23 août 2009

Les Derniers Jours du monde


Source affiche : www.allocine.fr

La fin du monde vue par des Français (les frères Larrieu, à la réalisation), ça change, forcément, des blockbusters américains. Dès les premières images des Derniers Jours du monde, on sait que l'apocalypse aura un goût, un parfum différent. Il tombe des pluies de cendres sur Biarritz, la lumière est belle et inquiétante, et les personnages ont des comportements étranges. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre le propos du film, par ailleurs très bien condensé dans la bande-annonce, et que je résumerai ainsi : quand la fin est proche, que l'existence est débarrassée de sens et des questions métaphysiques qui vont avec, l'être humain se tourne vers l'essentiel. En l'occurrence, les gens se parlent, se quittent et, surtout, baisent comme des fous. Quoi de plus humain en effet que d'envisager le sexe avant que l'ombre ne vienne... Les frères Larrieu, sur la base de ce constat, ont décidé de dénuder les corps de leurs acteurs, à l'exception de Catherine Frot, trop pudique sans doute. Pour le reste, ça fornique et ça fourrage à foison, et je garderai longtemps en mémoire la scène "choc" du film où Karin Viard dit impassiblement son texte à califourchon sur la tête de Mathieu Amalric. Quelle actrice, décidément. Mais malgré son talent et sa bonne volonté, je n'ai pas pu m'empêcher d'y voir une provocation un peu gratuite, à l'image d'autres scènes de ce film qui se veut subversif mais reste trop démonstratif dans ses intentions. La mise en scène autour du sexe, un vrai sujet en soi, devient conventionnelle à force de vouloir choquer le spectateur. Idem pour les cadavres qui défilent les uns après les autres, afin de créer un climat de stupeur et d'angoisse lié à l'apocalypse. Cette surcharge a tendance à plomber le reste du film qui pourtant connaît de belles envolées, notamment au début et à sa toute fin. Entre les deux, beaucoup trop de facilités, de lenteurs et de lourdeurs pour me convaincre tout à fait.

mardi 11 août 2009

The Reader


Source photo http://www.allocine.fr/

Il n'est pas toujours simple de parler d'une oeuvre sans en dire trop. Quoi de plus agaçant qu'une bande-annonce fleuve ou encore une critique qui vous dévoile presque tout d'un film, sans tenir compte de son futur spectateur et tout en s'adressant à lui. The Reader, adapté du livre de Bernhard Schlink, n'est pourtant pas habité par un suspense insurmontable. Le thème est lourd - le jugement en Allemagne de l'Ouest de crimes nazis, longtemps après leur perpétration. Il se superpose, plus ou moins grossièrement, à l'autre vrai sujet du film, la lecture, celle que fait l'adolescent Michael Berg à son amante Hanna Schmitz, de vingt ans son aînée. La petite histoire, romance torride et éphémère, va rencontrer la grande, celle que l'on connaît, à plusieurs années d'écart. Voilà pour le pitch. Le réalisateur de Billy Elliot et de The Hours, dont on connaît le goût pour un certain pathos, a pris plus d'un risque avec cette adaptation. Avec un style que certains qualifieraient de pompier, il assume les larmes, celles qui ravagent les visages des acteurs principaux, tous exceptionnels. Or ces larmes ne sont ni banales, ni complaisantes. C'est une émotion paradoxale, qui n'a rien de facile. Au contraire, tout en ébranlant les âmes un peu sensibles, elle questionne et fait débat. Comme le confirme une des dernières scènes du film, celle où une survivante des camps rencontre le Michael Berg adulte, il ne s'agit moins de pardonner que de comprendre, même tacitement. Plutôt que de stigmatiser, The Reader soutient le regard et balaye toute pudeur, y compris dans les scènes érotiques du début. A ce titre, Hanna Schmitz reste un des personnages les plus énigmatiques et forts que j'aie pu voir au cinéma dernièrement. Dans la foulée des Noces rebelles, où elle tenait tête à Leonardo Di Caprio, Kate Winslet sait faire vibrer la corde névrotique tapie en chaque être humain, tout en préservant son mystère. C'est aussi la force de The Reader qui, malgré ses lourdeurs quasi inévitables, dérange sans donner de leçons d'histoire(s).