Le Pitch.com

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mardi 26 mai 2009

Nés en 68


Des sorbonnards contestataires aux échanges empruntés inaugurent le film de Ducastel et Martineau. Je me rappelle aussitôt celui de Bertolucci, Les Innocents, avec son trio d’acteurs superbes et sulfureux (Louis Garrel, Eva Green, Michael Pitt) et je me demande déjà comment Nés en 68 va s’en sortir. C’est un peu le souci : durant les deux longues heures et cinquante minutes du film, je me pose beaucoup trop de questions. Je trouve Laetitia Casta plutôt à l’aise dans son rôle, sobre, mais on lui en demande trop : elle prend quand même trente ans (de 1968 jusqu’au début de notre siècle) avec très peu de maquillage et malgré ses efforts je ne peux pas m’empêcher d’être sceptique. Et puis pourquoi cet autre acteur joue-t-il aussi mal, quand d’autres, comme Christine Citti, le petit gars de l’affiche, Boris (Théo Frilet) ou encore la jeune Sabrina Seyvecou me font monter les larmes aux yeux sans même forcer ? Lorsque je sors de la séance, je suis un peu perdu. La boule à la gorge qui ne passe pas m’indique que, malgré mes réticences, j’ai été touché au cœur. Plus tard, j’y repense, j’essaye de comprendre. Il y a ce saisissant contraste entre ces deux époques : les années 70 semblent, malgré leur lot d’erreurs et d’utopies dangereuses, un paradis perdu, une époque créatrice rêvée pour les plus jeunes, et les enfants de 68 semblent trinquer à leur place : certes, nous pouvons être reconnaissants des retombées de leurs nombreux combats, mais ce qu’on retient avant tout, et que le film souligne, c’est la morosité ambiante, les années sida et toute une génération à qui l’on a confisqué l’insouciance propre à la jeunesse, avec le chômage en ligne de fond. Pas très réjouissant comme constat. Mais il y a tout de même quelques bémols mis en avant dans le camp de l'ère 68 : elle succède à la guerre d’Algérie, il y a eu des victimes, des traumatismes (c’est le cas du grand frère de Catherine / Laetitia Casta). Surtout, on devine que l’idéologie communautaire du moment, négligeant le principe même d’individualité, ou même l’obsession du jouir, n’ont pas fait que des heureux. A voir donc, ne serait-ce que pour (re)découvrir la béatitude un peu niaise d’une époque, pour la douceur de la scène de l’orgie, le sourire triste de Laetitia Casta, et puis, aussi, la beauté un peu fade des jeunes acteurs.

Diffusion ce soir sur TPS Star et disponible en DVD.

mercredi 20 mai 2009

Villa Amalia


Il y a deux jours, je revoyais Violette Nozière, diffusé sur Arte. Le lendemain, c'était Villa Amalia, au cinéma cette fois. 30 années séparent le film de Claude Chabrol de celui de Benoît Jacquot, et c'est une expérience non pas triste mais curieusement apaisante, presque joyeuse, de voir l'actrice vieillir sur l'écran, face à soi. La présidente du jury de Cannes cette année a ce don de porter les films dans lesquels elle joue, de les transcender par sa seule présence. Villa Amalia, c'est d'abord une incursion dans le cerveau de Ann/Isabelle Huppert, mais aussi une confrontation permanente avec un visage/un corps. Le genre de personnage qu'on est prêt à suivre jusqu'au bout, dans ses choix, ses retranchements, son parcours. Evidemment, le postulat de départ est plus que séduisant. Qui n'a rêvé de tout plaquer, de changer de vie sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit ? Couper les ponts qui vous relient au passé pour ne se consacrer qu'à soi ? Il est beaucoup question de contemplation dans ce film intuitif et sensoriel, qui choisit de dévoiler une partie de son mystère dans la dernière partie. On peut le regretter, mais au bout du compte le rêve est intact : grâce au talent unique d'Isabelle Huppert, qui se livre au-delà de toute psychologie, Ann s'émancipe, et nous avec elle, du principe de réalité.