Eliminés, Rafael Nadal, Susan Boyle, Camelia Jordana... Etrange ère où les favoris craquent, s'essoufflent, et finissent par perdre. A Cannes, cette année, Pedro Almodóvar et son film Etreintes brisées est lui aussi reparti bredouille. Pas de prix pour la réalisation, le scénario ou les acteurs - différentes récompenses qu'il a pu recevoir par le passé sur la Croisette -, que dalle. Pas étonnant quand on se souvient que le journal Le Monde titrait en mai "Pedro Almodóvar fait briller son manque d'inspiration". Il se trouve que la formule, ambigüe, ne laisse pas forcément deviner que la critique est plutôt positive. En sortant du cinéma hier soir, j'étais moi-même un peu perdu, incapable de savoir ce que j'en pensais, si j'étais déçu ou pas. Comme devant tout bon divertissement, je venais d'être emporté par l'histoire mais pouvais-je me contenter d'être diverti par un cinéaste dont j'attends toujours le meilleur ? Et puis, au bout de quelques minutes, les images du film me sont revenues les unes après les autres. J'ai repensé aux personnages, toujours aussi forts, attachants, à toutes les mises en abymes, les auto-citations, les correspondances et les non-dits, au vampirisme, dont le film se moque tout en en faisant un de ses thèmes centraux, à la dernière phrase que je ne dévoilerai pas mais qui en dit long sur Almodóvar face à la création... Tout cela, et beaucoup d'autres choses encore, fait d'Etreintes brisées un faux film mineur qui non seulement divertit mais touche en profondeur, de façon latente, comme un trésor caché qui résisterait un peu avant d'être délivré.