Le Pitch.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 29 juillet 2009

Clint est-il grand ?


Je viens de revoir Million Dollar Baby, de Clint Eastwood. Considéré comme un de ses meilleurs films, il avait remporté à sa sortie, sans surprise, 4 Oscars parmi les plus convoités. Je dis sans surprise car il possède tout ce que les admirateurs du réalisateur, et la grande majorité des Américains comme des Européens, raffolent : le classicisme, l'empathie avec les personnages, la dramaturgie forte, prenante. Les détracteurs de Clint, eux, parlent de mise en scène larmoyante, voire de manipulation, de chantage à l'émotion. J'ai moi-même donné, avec mon ami, dans ce débat qui divise les pour et les contre. Concernant Million Dollar Baby, je me classe sans retenue dans la première catégorie. Je ne suis pas pour autant un fan absolu de son cinéma, comme je l'avais exprimé au moment de la sortie de L'Echange. Je ne vais pas non plus nier que le film, qui raconte le parcours d'une apprentie boxeuse partie de rien et vouée à un grand destin, ne joue pas la carte de l'émotion pure et dure, quitte à s'autoriser certaines facilités. J'admets également qu'il n'y a pas plus emblématique que le personnage principal, incarné par la magnifique Hilary Swank, dans laquelle chaque spectateur est quasi forcé de s'identifier. Bref, c'est encore une histoire de rêve américain, où le courage, le travail et la volonté restent les valeurs premières. Mais, un peu comme Sarkozy avec son malaise post-jogg, la réalité reprend le dessus dans cet univers a priori sans faille. Exit Disneyland : Clint Eastwood éclipse tout le côté "positif" de son histoire pour ne s'intéresser qu'aux zones d'ombre, au revers de la médaille, mais aussi aux différents "losers" du film, tous ces personnages marginaux qui disent bien plus de choses que toutes les victoires réunies. Par ailleurs, malgré un sujet ultrasensible, il parvient cette fois-ci à éviter tout manichéisme. Nulle leçon, nulle morale n'est imposée ; juste des tas de questions existentielles que chaque spectateur est invité à se poser après la séance. Alors, je ne sais pas si Clint est grand (supérieur à la moyenne en tout cas) mais Million Dollar Baby est, aucun doute là-dessus, un grand film.

lundi 27 juillet 2009

Brüno


Le rire, parfois, est jaune, comme la seyante culotte du personnage devenu incontournable, tant il va loin, capable d'offenser le plus dépravé des spectateurs. Car Sacha Baron Cohen n'est pas qu'un clown, un phénomène de foire pour émissions de télévision à grande audience. C'est surtout un agitateur qui ne se refuse aucune provocation, aucune énormité pour faire passer quelques messages. Sur le fond, rien d'original mais du très louable : le comédien / producteur / scénariste s'en prend d'abord et avant tout à l'homophobie, qu'elle soit manifeste ou plus banale, insidieuse, cachée dans les esprits les plus ordinaires. Celle qui consiste à se méfier des homosexuels parce qu'ils seraient, de notoriété publique, des obsédés sexuels, superficiels et irresponsables - donc incapables d'élever correctement des enfants. Quand Brüno, dans une émission télévisée à la Delarue, brandit son petit garçon noir comme le dernier accessoire à la mode ou tel un jouet, cela consterne, à raison, tout le monde. Tout comme le spectacle affligeant des mères de famille défilant devant Brüno afin de "vendre" leur progéniture pour des films plus qu'hasardeux. Sacha Baron Cohen, avec son personnage de has been pathétique et néanmoins hilarant, a confiance en l'intelligence de ses spectateurs. Du moins il possède le talent nécessaire, voire le génie, pour réveiller leurs consciences. Cela passe de temps en temps par des scènes ultra-osées, vulgaires, qui ne manqueront pas de choquer les esprits prudes. Le plus souvent c'est une franche rigolade où dérision et autodérision sont de mise pour apprécier ce film irrévérencieux, typiquement british, faussement bête et réellement brillant.
Bande-annonce

vendredi 24 juillet 2009

Les Beaux Gosses


Comment parler sérieusement d'un film qui ne se prend pas au sérieux une seconde tout en dressant des portraits d'adolescents plus vrais que nature ? Les Beaux Gosses, comme tout le monde le dit (mes amis en tout cas), est effectivement très drôle et réussi. Original aussi, malgré sa thématique sociologique dans l'air du temps, car adapté de la bande dessinée du réalisateur, Riad Sattouf, patronyme qui fait d'ailleurs ricaner le gamin boutonneux tapi en soi. Pour peu qu'on n'ait pas trop refoulé ses années bêtes, chacun se reconnaîtra en partie dans les personnages de cette fiction à la fois caricaturale et réaliste. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre, on risquerait de passer à côté de son humour graveleux, parfois cruel. Le trait est volontairement forcé mais l'attention accordée aux personnages, insupportables et attachants, donne toute sa dimension au film. Sattouf, qui dirige de façon remarquable ses comédiens (les ados mais aussi la mère jouée par la démente Noémie Lvovsky), installe une proximité, une connivence immédiate qui rappelle le lien, intime, entre une BD et son lecteur. Ce côté artisanal et familier se retrouve également dans la bande-son du film, co-composée par le réalisateur et Flairs. Des sons synthpop vintage et naïfs mais aussi du rap parodique plus vrai encore que l'original. Trop trop fort !

jeudi 23 juillet 2009

Bancs publics


Si je n'avais pas l'âge que j'ai ni suivi la filmographie de Bruno Podalydès, j'aurais sans doute fait l'impasse sur Bancs publics, sa dernière comédie à l'affiche. Je n'aime pas ce qu'on appelle les films dits "chorale" (pardon mais c'est un peu une expression à la con, je trouve...), encore moins ceux qui accumulent les têtes d'affiche pour plaire au plus grand nombre et sans prise de risque aucune. Bancs publics n'hésite pas à jouer la surenchère au niveau du casting, en convoquant de nombreuses stars pour quelques répliques mais aussi les habitués de la "famille" Podalydès, comme Isabelle Candelier, de loin la plus drôle et plus douée, avec l'autre Podalydès, Denis, dans le rôle principal. Sans surprise, le côté gratin de stars ne m'a pas vraiment séduit, à l'exception de Chantal Lauby et Catherine Deneuve, parfaites. Mais cette histoire de solitude urbaine, qui interpelle les personnages de la première partie du film (la deuxième moitié, à quelques exceptions près, est laborieuse et poussive), manque un peu d'excès et de folie à mon goût. Après Versailles Rive gauche et Dieu seul me voit, cette suite versaillaise génère un rire triste, presque convenu, et souffre d'une sérieuse baisse de régime dans son rythme. J'attendais mieux du réalisateur, dont les anciens films m'ont fait rire de bout en bout, bien que l'on retrouve encore ce mélange de farce, de tragi-comique et d'émotion propres à son cinéma. Cette fois c'est un cran en dessous : pas mal mais pas plus que ça.

lundi 20 juillet 2009

Twilight, le film


J'ai peut-être passé l'âge de voir le dernier Harry Potter - ça tombe bien, ça ne me dit rien de toute façon - mais qui pourra se moquer de mon engouement pour Twilight ? J'ai beau avoir mordu à l'hameçon à cause de son héros pâlichon, comme des tas de jeunes filles pubères, je peux toujours invoquer que c'est d'abord et avant tout un film de vampires - ils n'ont jamais été aussi à la mode, du cinéma d'auteur à la médiocre série d'Alan Ball, True Blood, que j'ai déjà chroniquée en avril. Je peux aussi rappeler qu'il est tiré d'un livre d'une écrivain désormais célèbre, Stephenie Meyer, et que c'est encore une femme, Catherine Hardwick, qui a signé la réalisation du film. Je n'ai pas lu le livre mais son adaptation à l'image, dans le chapitre I Fascination, se concentre sur l'histoire d'amour contrariée mais non impossible de ses deux tourtereaux. Ils évoluent dans une Amérique ordinaire et séduisante, superbement filmée et stylisée dans des teintes bleutées et gothiques, à la fois sombres et lumineuses. Les humains, des Américains moyens et sympathiques, y côtoient des vampires obéissant plus ou moins à leurs instincts, ce qui laisse peser un danger permanent - et un suspense intenable pour tout spectateur un tantinet fleur bleue. Les amateurs de Buffy et Angel, les séries précurseures de Joss Whedon, restent en terrain connu. Twilight décline, à son tour, le thème de la lutte contre le mal en se gardant de toute caricature. En l'occurrence, les personnages vampires tentent de résister à leurs propres démons ou sinon de vivre en harmonie avec ceux qui les rongent. Paradoxe dans lequel chacun de nous, ado attardé / adulte torturé, peut se reconnaître. Je m'étendrai moins sur le côté mièvre de l'histoire d'amour (notamment la scène sirupeuse où Robeeeeeeert !! Pattinson joue du piano pour sa bien-aimée) et la bande-son qui cible justement un public juvénile - Linkin Park, Paramore, Muse. Mon indulgence me pousse également à fermer les yeux sur l'intrigue prévisible du scénario, qui fait s'achever Twilight épisode 1 non pas comme un film à part entière mais comme une série dont on se retrouve malgré soi dépendant. Le titre de ce premier épisode, Fascination, n'est pas anodin ; question d'esthétique avant tout. Robert et Kristen Stewart, dont on parle moins, semblent littéralement absorber la caméra, et les scènes dans la nature, notamment la forêt, filmée avec sensualité, ont un pouvoir d'attraction quasi magique. Joli spectacle pour les yeux donc dont la suite est attendue au cinéma en novembre prochain.

vendredi 10 juillet 2009

Public Enemies


J'ai souvent tendance à m'en prendre, gentiment, aux critiques de presse spécialisée pour leur snobisme, leurs partis-pris et parfois leur manque de discernement. C'est une affaire de goût, différent du mien, parfois de pose, mais je ne leur en veux pas pour ça. En revanche, le conformisme des mentalités m'exaspère plus franchement. Celui qui consiste, par exemple, à classer Woody Allen parmi les cinéastes mineurs parce qu'il ne semble pas sérieux, qu'il fait trop de films et que soi-disant il n'a jamais fait mieux que Annie Hall... Inversement, un réalisateur comme Michael Mann, qui vient de signer Public Enemies, s'attire systématiquement les faveurs de la critique, quasi unanime. Je compte moi-même parmi les fans de son cinéma ; Heat, Collateral ou même le remake de Miami Vice m'ont enthousiasmé. Mais à mes yeux Public Enemies est loin d'être le film moderne, original et hypnotique tel qu'il est "vendu" dans les colonnes de Télérama, Libé, Le Monde et j'en passe... Je n'ai rien vu d'autre qu'un film de gangsters ultraconventionnel, prévisible, à la mise en scène soignée certes, à la fois réaliste et sophistiquée, mais bourrée d'action sans contrepoint psychologique digne de ce nom. Les tirs de balle passent et se suivent, étirant le film en longueur : même pas mal et encore moins peur. Le duo Johnny Depp / Marion Cotillard est tellement convenu qu'on se fout de ce qui peut bien leur arriver. Le gangster reste un macho au coeur tendre, et sa bien-aimée une pauvre petite chose fragile et naïve, prête à tomber dans le panneau dès qu'on lui promet la lune. A la décharge de Michael Mann, elle finit par acquérir plus d'épaisseur dans les dernières minutes du film, et Cotillard est certes une bonne actrice, mais c'est un peu tard. Dans le rôle du gentil, Christian Bale est également très bon et autrement plus sexy que Johnny, mais Mann semble ne pas assumer complètement son penchant pour ce personnage et limite ses scènes au profit du méchant Depp / John Dillinger. Cette accumulation de petits ratés, que je suis tenté d'imputer au montage final (Hollywood a t-il eu le dernier mot ?), font de Public Enemies une oeuvre bien plus bancale et frustrante que maîtrisée et excitante.

lundi 6 juillet 2009

Whatever Works


Il y a de quoi être blasé quand on a passé la trentaine, qu'on vit dans une grande ville comme Paris et que, depuis 1989, année de Crimes et délits et de mes quatorze ans, on se rend chaque année au cinéma pour voir le nouveau Woody Allen. Qu'attendre d'un réalisateur qu'on a l'impression de connaître par cœur, avec son univers, ses personnages typiques et ses obsessions, qui a parfois déçu, lassé, telle une vieille connaissance ou un partenaire usé dont on a l'impression d'avoir fait le tour ? Pourtant, comme celle des couples mûrs et en dépit des variables de sa filmographie, ma relation avec Woody Allen dure. Elle commençait à s'essouffler il y a une dizaine d'années et puis, avec Match Point, elle est repartie de plus belle. Ce week-end, en allant voir Whatever Works, le vieux brisquard m'a encore bluffé. Longtemps que je n'avais pas ri comme ça devant un film. Longtemps que je n'avais pas été surpris par son scénario et l'enchaînement des scènes, aussi grossiers soient-ils. Comme on dit parfois dans le vaudeville, plus c'est gros et plus ça passe. Chez Woody Allen, c'est énorme à plus d'un titre (et rien de graveleux là-dedans !). Ceci dit, avec l'âge, le cinéaste se lâche de plus en plus. Sous des tonnes d'humour, il parle notamment de la différence d'âge et plus globalement de toutes les différences dans le couple. Le pessimiste angoissé laisse place à un hédoniste qui s'assume. Le monde va mal et la condition humaine est plutôt insupportable alors tâchons de rendre l'épreuve la plus joyeuse possible : c'est un peu la morale (amorale) de Whatever Works, œuvre drôlement désespérée qui fait un bien fou.

vendredi 3 juillet 2009

Les Vacances de M. Hulot


De la fraîcheur, encore. Au-delà de sa thématique estivale, le film de Jacques Tati, restauré et présenté dans le dernier montage voulu par le réalisateur, celui de 1978, réveille de la torpeur ambiante. Les Vacances en question datent de 1953, autant dire une éternité. Tati, toujours en avance sur son temps, se fait d'ailleurs une joie d'épingler le côté vieillot des usages de l'époque. Derrière le film pour enfants clownesque, sorte de Chaplin à la française, l'ironie de Tati transpire dans chaque scène. Les bourgeois en goguette, les vacanciers acariâtres, l'intello fumeux ou la bimbo un peu raide semblant sortir des pages d'un magazine, tous ces saisonniers en prennent pour leur grade mais, spécificité du cinéaste, sans l'ombre d'une méchanceté. C'est à la fois du divertissement (Tati-Hulot, un peu comme Pierre Richard, est naturellement drôle et attendrissant) et du grand art, avec des inventions visuelles permanentes et un minimum de dialogues. Tati était un génial observateur de son temps. On rêve de ce qu'aurait pu saisir son regard sur le nôtre, avec son lot de bêtise, de ridicule et de fatuité...