Le Pitch.com

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vendredi 28 août 2009

Un prophète


Source photo www.allocine.fr

Le pôle emploi m'a demandé de signaler mes congés. 35 jours par an, tout chômeur est en droit de prendre des vacances. C'est en patientant dans l'entrée glauque du bâtiment niché dans une impasse tout aussi lugubre que j'ai eu accès à cette information. Demain matin je pars en Corse, pour une durée de deux semaines, et puisque le pôle emploi me laisse partir sans chigner, j'espère également que les fidèles lecteurs du Pitch ne me tiendront pas rigueur de cette absence... Quoi qu'il en soit, quiconque me suit, et forcément m'aime (!), saura désormais le pourquoi de mon silence prolongé. J'espère également que je serai le bienvenu là-bas, même si l'image des Corses, déjà bien entamée, vient sérieusement d'en prendre un coup via le film de Jacques Audiard, Un prophète. 2h30 au coeur d'une prison française où le clan corse, notamment, fait sa loi... Dans ce film on ne peut plus réaliste, le temps m'a semblé long, très long. Depuis les séries Oz et Prison Break, on avait pu comprendre que l'expérience carcérale n'était pas tout à fait une partie de plaisir. Chez Audiard, la prison est toujours aussi atroce mais elle passe en même temps pour un lieu d'apprentissage où, tant qu'à faire sa peine, il faut tenter de "sortir moins con qu'on est rentré", dixit un des personnages. L'idée pourrait plaire à Nicolas Sarkozy, bien qu'il aurait du mal à louer le parcours fort illicite du personnage principal, qui, grâce à son intelligence, son opportunisme et sa dureté, va pouvoir survivre et échapper à son destin. J'y vois sans mal une métaphore du monde moderne, plutôt impitoyable, qui m'a rendu la projection d'Un Prophète désagréable, car dérangeante, et pas seulement à cause des Corses - au demeurant charmants, pour la plupart d'entre eux, dans la vraie vie ! Sur ce, bonne rentrée et à bientôt.

mercredi 26 août 2009

Inglourious Basterds


Source photo : www.allocine.fr

Pour être honnête, je ne m'attendais pas à des sommets, entre la bande-annonce un peu bourrine et l'absence de palmarès à Cannes - à l'exception du prix d'interprétation pour le comédien Christoph Waltz. Honte à moi. L'amnésique que je suis avait déjà oublié que Quentin Tarantino, en expert du trompe-l'oeil, était génial et ses films, tous et sans exception, prodigieux. Je ne sais pas si cette année à Cannes il y eut mieux qu'Inglourious Basterds. Ce que je puis affirmer sans ciller, c'est qu'il s'agit d'une oeuvre majeure, à la mise en scène digne des plus grands Hitchcock. Un peu comme ce maître, Tarantino parvient à réconcilier le grand public et un cinéma exigeant et ambitieux, tout en excellant dans le mélange des genres, entre angoisse, violence (parfois insoutenable), reconstitution historique et comique pur. Dans la foulée des Kill Bill ou encore du dernier Boulevard de la mort, il ne recule devant aucun dialogue interminable, dans des longs plans-séquence au suspense intolérable. Qui d'autre que le cinéaste pour encore surprendre le spectateur dans un cinéma d'action qui en a vu tant d'autres avant lui ? Les joutes verbales sont dignes des meilleurs préliminaires : c'est une tension quasi sexuelle qui est en jeu, un jeu sado-masochiste où la peur et l'émotion emportent les dernières résistances. Les assauts physiques, quant à eux, sont aussi prompts que spectaculaires, mis à part l'éclat final. Ce qui prévaut, c'est moins la violence, rapide et tranchante, que la mise en condition, le long et sinueux chemin pour y parvenir. On a beaucoup parlé de la polémique autour des libertés qu'a prises Tarantino avec l'Histoire. Ceux qui le lui reprochent n'ont sans doute rien compris à la création et à la vie en général. A mon sens il n'y a pas plus libérateur que ce film qui à la fois donne un visage réaliste et humain à l'histoire de la 2de Guerre (dans la première scène notamment) tout en s'affranchissant du poids du passé. Il n'est pas question de l'arranger ni de le trahir mais au contraire de s'en extraire, grâce au recul de la fiction, pour mieux l'affronter. Il y aurait tant à dire sur Inglourious Basterds, ses acteurs prodigieux, les musiques d'Ennio Morricone empruntées à d'anciens films, et puis sur ce grand manipulateur de Tarantino qui manie la pellicule comme personne. Gloire donc à ce basterd unique en son genre.

dimanche 23 août 2009

Les Derniers Jours du monde


Source affiche : www.allocine.fr

La fin du monde vue par des Français (les frères Larrieu, à la réalisation), ça change, forcément, des blockbusters américains. Dès les premières images des Derniers Jours du monde, on sait que l'apocalypse aura un goût, un parfum différent. Il tombe des pluies de cendres sur Biarritz, la lumière est belle et inquiétante, et les personnages ont des comportements étranges. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre le propos du film, par ailleurs très bien condensé dans la bande-annonce, et que je résumerai ainsi : quand la fin est proche, que l'existence est débarrassée de sens et des questions métaphysiques qui vont avec, l'être humain se tourne vers l'essentiel. En l'occurrence, les gens se parlent, se quittent et, surtout, baisent comme des fous. Quoi de plus humain en effet que d'envisager le sexe avant que l'ombre ne vienne... Les frères Larrieu, sur la base de ce constat, ont décidé de dénuder les corps de leurs acteurs, à l'exception de Catherine Frot, trop pudique sans doute. Pour le reste, ça fornique et ça fourrage à foison, et je garderai longtemps en mémoire la scène "choc" du film où Karin Viard dit impassiblement son texte à califourchon sur la tête de Mathieu Amalric. Quelle actrice, décidément. Mais malgré son talent et sa bonne volonté, je n'ai pas pu m'empêcher d'y voir une provocation un peu gratuite, à l'image d'autres scènes de ce film qui se veut subversif mais reste trop démonstratif dans ses intentions. La mise en scène autour du sexe, un vrai sujet en soi, devient conventionnelle à force de vouloir choquer le spectateur. Idem pour les cadavres qui défilent les uns après les autres, afin de créer un climat de stupeur et d'angoisse lié à l'apocalypse. Cette surcharge a tendance à plomber le reste du film qui pourtant connaît de belles envolées, notamment au début et à sa toute fin. Entre les deux, beaucoup trop de facilités, de lenteurs et de lourdeurs pour me convaincre tout à fait.

mardi 11 août 2009

The Reader


Source photo http://www.allocine.fr/

Il n'est pas toujours simple de parler d'une oeuvre sans en dire trop. Quoi de plus agaçant qu'une bande-annonce fleuve ou encore une critique qui vous dévoile presque tout d'un film, sans tenir compte de son futur spectateur et tout en s'adressant à lui. The Reader, adapté du livre de Bernhard Schlink, n'est pourtant pas habité par un suspense insurmontable. Le thème est lourd - le jugement en Allemagne de l'Ouest de crimes nazis, longtemps après leur perpétration. Il se superpose, plus ou moins grossièrement, à l'autre vrai sujet du film, la lecture, celle que fait l'adolescent Michael Berg à son amante Hanna Schmitz, de vingt ans son aînée. La petite histoire, romance torride et éphémère, va rencontrer la grande, celle que l'on connaît, à plusieurs années d'écart. Voilà pour le pitch. Le réalisateur de Billy Elliot et de The Hours, dont on connaît le goût pour un certain pathos, a pris plus d'un risque avec cette adaptation. Avec un style que certains qualifieraient de pompier, il assume les larmes, celles qui ravagent les visages des acteurs principaux, tous exceptionnels. Or ces larmes ne sont ni banales, ni complaisantes. C'est une émotion paradoxale, qui n'a rien de facile. Au contraire, tout en ébranlant les âmes un peu sensibles, elle questionne et fait débat. Comme le confirme une des dernières scènes du film, celle où une survivante des camps rencontre le Michael Berg adulte, il ne s'agit moins de pardonner que de comprendre, même tacitement. Plutôt que de stigmatiser, The Reader soutient le regard et balaye toute pudeur, y compris dans les scènes érotiques du début. A ce titre, Hanna Schmitz reste un des personnages les plus énigmatiques et forts que j'aie pu voir au cinéma dernièrement. Dans la foulée des Noces rebelles, où elle tenait tête à Leonardo Di Caprio, Kate Winslet sait faire vibrer la corde névrotique tapie en chaque être humain, tout en préservant son mystère. C'est aussi la force de The Reader qui, malgré ses lourdeurs quasi inévitables, dérange sans donner de leçons d'histoire(s).