Le Pitch.com

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mardi 29 septembre 2009

Hôtel Woodstock


Source photo www.allocine.fr

C'est sûr, Hôtel Woodstock souffre un peu de la comparaison avec Le Secret de Brokeback Mountain, le précédent et célèbre film du réalisateur Ang Lee. Ceux qui viennent y chercher la même intensité dramatique, de celles qui laissent K.-O. longtemps après la séance, risquent de ne pas la retrouver cette fois. Pourtant à mes yeux Hôtel Woodstock mérite d'être vu, et à plus d'un titre. On retrouve la même contemplation, cette lenteur, au sens positif du terme, qui prend le temps de camper une situation (c'est le cas de le dire), de raconter des histoires ancrées dans un quotidien plus ou moins terne avant de se propulser vers des horizons plus inattendus. L'histoire du festival de Woodstock n'est certes pas commune. Mais derrière la version officielle, et disons superficielle, des têtes d'affiche rock et de leur public de babas cool pataugeant dans la boue, se cachent d'autres territoires, de nouveaux secrets qu'Ang Lee s'empresse d'explorer avec une acuité et une sensibilité certaines. On est loin des images choc et de l'efficacité à tout prix, hormis dans les quelques scènes où l'écran est fragmenté en plusieurs perspectives simultanées. Le rythme parfois semble même calé sur l'état d'esprit de certains protagonistes du film à l'état passablement second. Woodstock, c'est aussi 69, un paradis artificiel né en pleine année érotique : le spectacle est beau et donne lieu à une des plus belles scènes du film. Ang Lee, qui parvient à transcender la simple reconstitution, prend également le soin de rappeler le contexte de guerres de l'époque (Vietnam, Israël...) et, au-delà de la caricature et de la simple comédie, saisit le tournant sociétal fondamental et le symbole, éphémère, qu'a représenté Woodstock. Hôtel Woodstock n'est pas que divertissant. C'est aussi, à la manière du Harvey Milk de Gus Van Sant, le témoignage émouvant d'une ère précieuse à l'espérance nécessaire.

lundi 21 septembre 2009

Humpday


Source photo www.allocine.fr

Humpday finit par un gros éclat de rire, bête et gras, et ce n'est pas anodin. Présenté comme une comédie hilarante dans la pure tradition du cinéma américain indépendant, le film est certes drôle, souvent, mais pas que. Ces deux hétéros pur jus, si j'ose dire, "enchaînés" à un projet de film porno qui devra les faire coucher l'un avec l'autre, sont surtout, le détail a son importance, filmés par une réalisatrice, Lynn Shelton, également présente en tant qu'actrice (l'hôtesse blonde de la fête). Le regard est donc tout sauf complaisant sur ces pauvres garçons un peu perdus, qui ont autant de choses à prouver l'un à l'autre qu'à eux-mêmes. Dans Humpday, ils n'apparaissent pas sous leur meilleur jour : plus que des hommes, et malgré leur virilité fièrement portée, ils ressemblent à des adolescents aux jeux et aux comportement puérils. Un portrait loin d'être flatteur sans pour autant être à charge, et c'est là tout l'intérêt du film. L'extrême lucidité de la caméra, au-delà de la caricature, n'est que bienveillante : les deux protagonistes mâles, suivis au plus près dans un effet de réalisme très réussi (je ne parle pas de sexe, en l'occurrence), sont déshabillés, mis à nu, au propre comme au figuré. Les masques tombent et laissent apparaître une fragilité, voire une mélancolie à mille lieues des fanfaronnades affichées. Bien que confrontés à un scénario plutôt atypique et improbable, ces deux "losers" sympathiques et touchants semblent plus vrais que nature. Car seul le miroir déformant de la fiction, et une réalisatrice particulièrement douée, permettent, paradoxalement, autant de vérité.

mardi 15 septembre 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser


Source photo www.allocine.fr

C'est un film déroutant, comme un jeu de pistes qui commencerait par un détour, un faux départ, avant de prendre son essor, révéler son sens caché. J'ai eu très peur, pendant quelques minutes, de ne pas aimer le nouveau Christophe Honoré. Pas encore tout à fait remis des Chansons d'amour, je guettais celui-ci avec plein de foi aveugle, un brin de fanatisme, forcément dangereux. Mon impatience, mes espoirs se sont donc heurtées à une drôle d'entrée en matière, des scènes bizarrement empruntées, des dialogues maladroits semblant surgir d'un mauvais téléfilm. Sympathique mais un peu convenu, ce tableau de famille à la campagne, avec notamment le très crispant Julien Honoré, le frère du cinéaste, m'a donné presque envie de prendre mes jambes à mon cou. Or, magie du cinéma, c'est Chiara Mastroianni qui s'en est chargé à ma place. Dans un élan de vitalité, qu'on pourrait appeler instinct de survie, Léna décide de tout plaquer - avant de se rétracter. C'est toute l'ambivalence de ce magnifique personnage, en proie à toutes sortes de pressions et de démons, à laquelle on assiste, médusé. Incroyable, cette Léna aussi rebutante que séduisante, adorable et exaspérante, à laquelle on s'identifie, presque malgré soi. Hormis sa beauté évidente, ce n'est pas une fille aimable, mais on se surprend à l'aimer, quoi qu'elle fasse, dise ou ressente. Il en va de même pour les autres personnages féminins, Frédérique, la soeur (bluffante Marina Foïs) et Annie, la mère (subjuguante Marie-Christine Barrault). Toutes sont pleines d'aspérités et de paradoxes : aimantes et malsaines, enchaînées mais avides de liberté, impossibles à juger car terriblement humaines. A l'image de ces figures doucement ravagées, Non ma fille tu n'iras pas danser est un beau film à la fois simple et complexe, sombre et lumineux. Surtout, Honoré confirme l'originalité de son regard. Quoi qu'il observe, c'est son anticonformisme qui est à l'oeuvre, derrière la facture "classique" du film - toutes proportions gardées. Cela passe notamment par une façon d'assumer ses défauts, ses artifices, ses références, et de jouer avec la norme, qu'il malmène et met directement en question. On est loin de la comédie, tout autant du drame. Et pourtant, Non ma fille tu n'iras pas danser est un film drôle et tragique. Comme la vie, en somme.