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mercredi 23 septembre 2009

La Mauvaise Rencontre


Psy et écrivain. Je trouve la "duplicité" des activités de l'auteur d'Un secret, Philippe Grimbert, fascinante en soi. Parce qu'il écrit des romans aux intrigues irréprochables et au suspense haletant, auxquels il mêle souvenirs personnels et psychanalyse, la frontière entre fiction et réalité se fait ténue. D'autant que La Mauvaise Rencontre, l'histoire d'une amitié particulière entre deux garçons, est racontée par l'un des protagonistes, qui deviendra... psychanalyste. Mais ce livre est d'abord un roman. Et, on le sait, la vie est pleine d'histoires, surtout quand on passe l'essentiel de son temps à écouter les autres. L'histoire de Loup et Mando commence de façon assez banale, ordinaire. Du moins du point de vue du lecteur lambda, c'est-à-dire vous et moi. De même que le style de Philippe Grimbert, sobre et classique, ne laisse pas forcément présager d'écarts, de ruptures ou de grandes surprises. Et c'est précisément la richesse de ce roman qui consiste à détecter, dévoiler, comme dans un série noire, les détails successifs, superposés les uns aux autres, qui vont faire basculer le récit de normal à "anormal", de quasi ennuyeux à spectaculaire. Il y a sans doute, de la part de l'écrivain, un malin plaisir à brouiller les pistes et à semer le trouble, subrepticement. Cela passe par une certaine manipulation, du moins un art maîtrisé du trompe-l'oeil. Derrière les questions de culpabilité qui tourmentent Loup, le narrateur, une autre histoire, moins évidente et plus profonde, guette dans l'ombre. Une histoire qui, au-delà de son caractère romanesque, a de grandes chances de faire écho en chaque lecteur.

lundi 14 septembre 2009

La pluie, avant qu'elle tombe


C'est un titre mystérieux qui prend tout son sens lorsqu'on referme ses pages. Le livre de Jonathan Coe, l'auteur anglais de Testament à l'anglaise, m'a subjugué pour plusieurs raisons : d'abord sa narration, la façon de poser son / ses histoire(s) : on est dans le roman pur, qui prend du plaisir à raconter et en donne beaucoup - comme les Anglo-Saxons savent si bien le faire -, mais aussi dans l'effet de réalité, de miroir, où chacun est amené à se reconnaître, d'une façon ou d'une autre. Je pourrais résumer La pluie, avant qu'elle tombe, à une question de perspectives, de reflets et de faux-semblants. L'écrivain veille à les révéler, voire les traquer, à travers cette saga familiale qui dessine ses contours peu à peu, avec une infinie délicatesse. Pas de psychologie lourde, bien que le roman baigne dans la psychanalyse, mais un art de la nuance et du détail et une faculté à décrire et à ressentir transcendent cette fiction où il est beaucoup question, entre autres, de transmission. Ici, la mélancolie domine, et la catastrophe, menaçante, n'est jamais loin. Mais la lucidité du regard, parfois foudroyante, fait aussi, paradoxalement, beaucoup de bien. Je n'ai pas vraiment envie d'en rajouter plus, si ce n'est de dire que oui, il faut lire ce livre, qui redonne foi en l'écriture en général et les romans en particulier.