jeudi 29 mai 2008
MGMT au Bataclan
Par Julien Grunberg, jeudi 29 mai 2008 à 12:22 :: Musique
À quoi reconnaît-on qu’on vieillit ? Le reflet du miroir suffit pour ça mais ma crise de narcissisme aigu semble être passée depuis longtemps, peut-être avec la fin de l’adolescence. Je ne passe plus mon temps à me contempler devant la glace, ce qui m’évite désormais de désagréables déconvenues. Non pas que me trouve laid, loin de là. Pour tout dire, je suis très changeant, limite caméléon. C’est impressionnant chez moi, ce que je peux être moche un jour et plutôt beau gosse un autre. D’ailleurs, mon entourage proche peut le confirmer. Sur le plan physique, j’offre de saisissants contrastes. C’est un peu comme mon intelligence : elle aussi est très aléatoire. Tour à tour vif d’esprit et mou du cerveau, on ne sait jamais qui de l’un ou de l’autre va prendre le pas. Je m’éloigne de mon sujet, là. Quoique, non, j’y arrive. Hier soir je me suis senti vieux. Non pas en me regardant dans la glace, mais en regardant un post-ado en train de le faire. Le jeune en question, que je suis tenté de traiter de « p’tit con », sortait comme moi-même du concert survolté de MGMT au Bataclan. MGMT, c’est un peu le groupe du moment, très dans l’air du temps avec ses guitares saturées, son néo-psychédélisme flamboyant et son esthétique androgyne. C’est un peu plus que ça : des mélodies et des riffs entêtants qui donnent aussitôt envie de se lever, de taper dans ses mains comme à un gala de Michel Delpech tout en se déhanchant comme à un concert de Mika ou de Madonna. Bref, qu’on ait 60 ans ou bien 15 (plutôt 15, d’après la moyenne d’âge du Bataclan hier soir), il est difficile de rester de marbre devant cette musique affriolante dont Technikart, qui n’aime personne, pense beaucoup de bien, c’est dire. Prochainement au Zénith, et pourquoi pas Bercy ensuite, le duo « underground » de Brooklyn a cependant un gros défaut : il est étiqueté « branché » tout en étant susceptible de plaire à un très large public – même les parents de mon jules dodelinaient de la tête en écoutant Electric Feel sur l’autoradio de la Peugeot ! Il sera donc vraisemblablement rejeté prochainement par Technikart et récupéré par la jeunesse en folie qui en fera sa nouvelle idole aux côtés de Justice, de Mika ou de Yelle. Personnellement, j’ai un peu de mal avec ces trois-là (passe encore pour Mika, quoique…) et je n’ai pas très envie de partager MGMT avec le public de Justice. Mais je n’ai pas le choix. Alors, tant pis, je danse au milieu des teens en tentant d’assumer, tout en observant d’un œil, mi-amusé mi-consterné, les gamines brandissant leur Blackberry dans la foule ou encore l’autre à la sortie, le « p’tit con » qui n’a pas quitté ses Rayban de la soirée et veille à bien rester décoiffé en admirant son propre reflet dans le miroir. Difficile dans ces conditions de s’empêcher de penser « mais qu’est-ce que je fous là ?? » mais je résiste car après tout MGMT mérite mieux que ça et je ne veux pas qu’on le réduise à un groupe marketing pour ados dans le vent. Et puis, malgré tout, en voyant pogoter tous ces excités dans la fosse je me dis qu’il y a quelque chose de plus primaire, de formidablement excitant chez ce groupe, qui doit lui permettre de dépasser les clivages d’image de l’époque. Il y avait aussi cette première partie un brin hystérique qui m’a réveillé de la torpeur dans laquelle baignait la salle, surchauffée et moite dès le début. Florence and the Machine, c’est un peu le versant azimuté et punk (grindcore, disent-ils) d’une Feist : musique et prestation décomplexées chaleureusement accueillies par le public et moi-même, applaudissant de mes deux grandes mains tout en me demandant si la jeune fille est dans son état naturel, tout le temps comme ça, ou simplement en représentation. Une heure plus tard, en plein show de MGMT, lorsque Florence surgit au-dessus de la mêlée de mains des pogoteurs tout en prenant des poses de princesse, j’ai ma réponse : cette fille est complètement jetée et mon amour naissant pour elle grandit d’autant.