lundi 6 avril 2009
Mon capitaine
Par Julien Grunberg, lundi 6 avril 2009 à 11:08 :: Séries

Je n'y serais pas allé de moi-même. Un peu comme pour Buffy, je n'y voyais a priori que science-fiction, surnaturel, monstres et compagnie. Et puis, en y regardant de plus près, j'ai découvert dans Torchwood, la série de Russell T. Davies dérivée de Doctor Who, bien plus que cela. Il faut dire que le seul nom de Russell T. Davies a encouragé ma curiosité. C'est à ce scénariste producteur qu'on devait déjà Bob and Rose, injustement mal connue ici, mais aussi Queer as Folk, la version d'origine, anglaise et plus digeste que l'américaine, pleine d'écoeurants bons sentiments. Torchwood raconte les aventures d'une équipe d'enquêteurs basée à Cardiff, pays de Galles. Ca sonne beaucoup moins bien que Miami ou Las Vegas, et c'est notamment l'intérêt de la série qui n'hésite pas à se moquer d'elle-même, avec cette distance typiquement british qui lui va si bien. Ensuite, le capitaine de Torchwood aurait presque pu sortir de Queer as Folk puisqu'il est officiellement bisexuel (de fait, il n'a d'yeux que pour les beaux garçons, et notamment un de ses collègues, Ianto). Il a plein de défauts, c'est un tombeur avec un soupçon de balourdise mais il sait très bien s'entourer. La série, d'ailleurs, ne porte pas le nom un peu pompeux de ce chef d'équipe, Capitaine Jack Harkness, mais de l'équipe entière, Torchwood. Ainsi, les personnages secondaires, comme la délicieuse Gwen Cooper, le cynique Owen Harper, ou la geek Toshiko Sako, portent autant la culotte que leur meneur et sont aussi, voire plus intéressants que lui-même. Torchwood, surtout, parvient à mener de front plusieurs registres (ironie, drame, mélo, épouvante, métaphysique...), avec des personnages terriblement attachants qui menacent à chaque épisode de disparaître. La peur de la perte, la menace, l'imminence de la mort sont au coeur même du propos. On sait, avec le côté répétitif des séries combien on peut s'accoutumer à la présence de tel ou tel, or Russell T. Davies semble questionner ce lien en permanence, il n'hésite pas à nous arracher nos héros, quitte à nous surprendre par la suite. Paradoxalement, il y a beaucoup de réalisme dans cette fiction SF. Le tableau est sombre, pour ne pas dire carrément noir, mais si intense qu'il donne la rage, et même une certaine foi, quand bien même la chute est vertigineuse.
Extrait :
Actuellement en diffusion française (saison 2) sur la chaîne Scifi.