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vendredi 6 novembre 2009

Playlist du 06/11


Photo Wild Beasts

Parce que j'ai pris pas mal de retard, tout en ayant repéré quelques nouveautés dignes d'intérêt, j'ai décidé de sacrifier à l'ordinaire et faire comme tout le monde : une playlist. Pas de blabla sur les artistes, juste des vidéos en vrac et en toute subjectivité. Alors, que contient ma hotte cette semaine ?

Richard Hawley, une voix de velours et des ballades romantiques et sans artifice, du raffinement, de la douceur, à tomber.



Dans un genre peu éloigné, je ne me lasse pas de la voix de Hope Sandoval, l'ex-chanteuse Mazzy Star, et de ses chansons atemporelles, comme suspendues dans l'air, qui agissent comme un charme.



Encore un artiste qui fait dans la douceur et ne risque pas de réveiller cette playlist très automnale : Atlas Sound, signé chez 4AD. Chant et atmosphère fantomatique mais dont la sensibilité et la musicalité extrêmes le garde de tout minimalisme ou monotonie.



Enfin, et merci Alice, Wild Beasts et la voix androgyne et haut perchée de son chanteur (à la Antony), qui parvient à contenir son excès naturel et ses débordements dans un environnement subtilement rock, qui rappelle notamment Interpol en plus digeste.

jeudi 5 novembre 2009

Deadline


Laisser une trace avant la fin. Cette préoccupation propre à tous les artistes devient urgence quand la mort se sait imminente. Une urgence qui a sensiblement orienté et façonné les œuvres très contrastées de Deadline, l'exposition actuellement présentée au Musée d'art moderne de Paris. Il y a évidemment plusieurs approches de la mort, plus ou moins angoissées, ou enragées, selon l'âge où elle s'apprête à emporter, tout en produisant toutes sortes de réactions. Quand le photographe américain Robert Mapplethorpe ou l'artiste israélien Absalon se savent condamnés à court terme par leur sida, l'art devient témoignage, un peu à la façon d'Hervé Guivert filmant sa propre agonie dans La Pudeur ou l'Impudeur. Absalon hurle sa colère en nous fixant de l'autre côté de l'écran, Mapplethorpe défie la mort, non sans ironie, en agrippant sa canne surmontée d'un crâne humain. Se sachant atteint d'un cancer, James Lee Byard met en scène sa propre échéance et la transforme en œuvre lumineuse et dorée, loin de toute noirceur. Et, à 82 ans, l'Allemand Hans Hartung, victime d'une attaque cérébrale et physiquement diminué, exprimera une force et un dynamisme qui vont transcender ses grandes toiles abstraites et éthérées. Ils sont douze au total, hommes en colère, femmes au bord de la crise de nerfs, prêts quoi qu'il en soit à en découdre. Transformée en vitalité, leur urgence devient la nôtre.

mardi 3 novembre 2009

Le Ruban blanc


Le plus déroutant avec ce film radical, quoique accessible, c'est de le voir dans une salle presque remplie. Pas un cinéma désert du Quartier latin, avec deux étudiants-trois retraités, non, une foule de jeunes et moins jeunes dans un grand complexe du quartier de l'Opéra. L'effet Palme d'or y est sans doute pour quelque chose et son sujet aussi. L'Autrichien Michael Haneke, maître dans l'art de montrer du doigt, de déranger, voire de provoquer le malaise, s'attaque aux sources du mal, celui qui débouchera des années plus tard sur l'Allemagne nazie et sa folie meurtrière. Il n'y a pas pour autant de démonstration implacable, de leçon d'histoire. Le cinéaste ne fait pas dans le documentaire mais dans la fiction, bien qu'elle se nourrisse de la force du réel, avec une stylisation (sublime noir et blanc), des situations et des personnages dignes d'un film surnaturel. Dans ce village maudit, qui étouffe dans ses conventions, son traditionalisme et baigne dans ses inégalités, un vent de révolte souffle mais s'exprime sournoisement. Le non-dit règne et cède la place à des actes d'une grande cruauté, signes avant-coureurs d'un barbarisme sans nom. Et quand les langues se délient, c'est toute la noirceur de l'être humain qui s'exprime, ou plutôt éructe, comme un venin nauséabond - je pense à la scène tragi-comique du règlement de compte entre le médecin et son amante, à la fois glaçante et risible. Le ruban blanc fait référence à la pureté, celle que la famille du pasteur du village souhaite faire perdurer à tout prix, quitte à provoquer des dégâts irréparables. Mais pas d'ostracisme de la part de Haneke. Certes, il y a des causes et des conséquences mais la violence en question est diffuse et s'infiltre partout. Les seuls personnages qui y échappent sont l'instituteur (également voix off de l'histoire) et sa promise. Le premier prend de la hauteur sur ce récit, en figurant le point de vue du spectateur, la seconde est un temps écartée du village et de son environnement malsain, faisant ainsi perdurer son innocence et sa fraîcheur. Dans ce contexte oppressant, le seul salut possible semble la fuite. Mais étrangement il n'en est pas de même pour le spectateur, qui prend un plaisir presque pervers à contempler le naufrage.

mardi 27 octobre 2009

Benjamin Biolay


Depuis Trash Yéyé, son précédent album, je m'intéresse à nouveau à Benjamin Biolay. Jusque-là, j'aimais ses chansons, monotones et un peu tristes, mais je les laissais à leur place et à distance, pas plus curieux que ça. Mais impossible de passer à côté de la rage, de la noirceur foudroyante consécutives à ses désillusions amoureuses, qui imprègnent désormais son écriture. Avec le nouveau La Superbe, double album encensé par la critique, Biolay a fait des progrès. Certes, le garçon est toujours aussi sombre, mélancolique et désabusé, mais il a mis de côté sa hargne adolescente, son ressentiment post-placage. Le tableau est globalement morose mais il laisse place à la lumière de temps en temps. Comme il le dit lui-même, L'Espoir fait vivre, avec toute la duplicité que cela implique. Non, Biolay ne chantera jamais l'amour au premier degré et à pleins poumons, c'est ainsi - et paradoxalement c'est heureux. En 23 chansons à la variété exigeante, le musicien, qui je le rappelle compose et écrit magnifiquement bien, a par ailleurs le bon goût de ne pas se cantonner à un seul style de chanson franco-française. Inspiré en partie par le rap mais aussi par ses maîtres français, de Gainsbourg à Bashung, son flow se prête naturellement à ses humeurs doucement torturées. Biolay, qui connaît la musique, puise aussi, et avec aisance, dans le jazz, l'électro, et se surpasse une fois encore dans les arrangements de piano et de cordes, comme en témoigne les chansons La Superbe ou encore Ton héritage, deux monuments parmi d'autres. Un chanteur français, vivant, dont on peut être fier, ce n'est pas si courant, c'est même en voie de disparation. Raison de plus pour le chérir et l'acclamer, et sans réserve.

MySpace Benjamin Biolay

lundi 26 octobre 2009

James Thierrée est Raoul


Un soir d'octobre dans l'est de Londres, je me dirige vers le Barbican Center, impressionnant bâtiment caché au milieu des tours. C'est ici que je m'apprête à découvrir le tant vanté petit-fils de Chaplin dans Raoul, spectacle solo dont le nom désuet suffit à me séduire. J'ai en tête le physique avantageux de James Thierrée, acteur-musicien-danseur-acrobate-metteur en scène, mais aussi des extraits de ses précédents spectacles, vus à la télévision. J'y associe principalement deux qualités : insolite et virtuosité. Mais il faut être sur place, dans l'ambiance surchauffée d'une salle pleine à craquer, où l'éclairage et les décors participent activement à la magie de l'ensemble, pour apprécier toute la force et la poésie de cet univers à part, échappant à toute tentative de description. Son sens, même, se passe de mots, tout comme James Thierrée sur scène, qui seul scande le prénom de Raoul. Du coup, tout est sujet à interprétation, déduction purement instinctive. Pour ma part, j'ai vu en l'étrange Raoul une sorte d'être originel, en apprentissage permanent avec le monde et ses multiples sensations. Tout est histoire de découverte, de surprise, parfois d'effarement. Ce dialogue dans les eaux, les airs et sur terre avec des objets animés ou inanimés passe le plus souvent pour de la folie. Raoul est bizarre, certes, mais aussi terriblement éveillé. Il veut en débattre, affronter, questionner l'univers entier plutôt que se replier sur lui-même. Raoul, le personnage, fait souvent rire, mais James Thierrée se moque aussi de lui-même et de son image de prodige en sabotant son propre spectacle. Cet humour dévastateur (à plus d'un titre) rend l'artiste encore plus aimable, si j'ose dire. Car à force de cumuler dans une même création les prouesses techniques, notamment illusionnistes, la qualité visuelle mais aussi la grâce, Thierrée pourrait devenir agaçant, trop parfait pour un seul homme. Doué, voire surdoué (les gènes et son environnement y sont pour beaucoup), il se plaît à casser le mythe pour esquisser un être humain, imparfait et terre à terre. Or, comme on peut s'en douter, le charme de James est décuplé et, étrangement, c'est très peu irritant.

Au Théâtre de la Ville du 19 décembre au 05 janvier.

mardi 13 octobre 2009

Wolf en scène (Paris, 09 octobre)


Crédit photo Rebecca Miller

Pour la première fois, j'ai vu Patrick Wolf en vrai, en chair, en os et en costumes plus homo-érotico-extravagants-tu-meurs. C'était vendredi soir dernier, sur la scène du Nouveau Casino à Paris, et j'ai dû partager l'idole avec une foule de petits excités, filles et garçons confondus, qui pour la plupart ont fondu face à la prestation du jeune Anglais et ses quelques interventions, mots d'amour en français compris. J'ai beaucoup aimé, notamment, sa façon de mettre en boîte Madonna et ses velléités de "rockeuse", en la singeant avec sa guitare électrique au look furieusement eighties. J'ai aimé, aussi, l'énergie et la ferveur du multi-instrumentiste, passant du violon aux claviers (et même ce que je crois être une cithare, posée sur ses genoux) avec une aisance quasi énervante. Le chanteur (et quelle voix ! grave et suave) a parcouru les titres du Bachelor, son dernier album, avec sa petite bande de musiciens, mais il a également repris la chanson-hommage Paris, une de ses toutes premières oeuvres (celles de ses 20 ans, il en a 26 aujourd'hui), ou encore son "tube", l'euphorique Magic Position, et même un inédit, "hit" en puissance plein de beats synthétiques qui ont eu leur effet. Patrick Wolf a tout d'une diva, l'arrogance en moins. A tel point que je l'ai trouvé, lui et sa folie des grandeurs, un peu à l'étroit sur la modeste scène du Nouveau Casino. Mais loin de moi l'idée de m'en plaindre : c'était aussi une joie, que dis-je, un privilège, de le sentir, deux petites heures durant, si proche... Le lien YouTube ci-dessous en témoigne.

MySpace Patrick Wolf

mercredi 7 octobre 2009

Brigitte Fontaine


"Tu m'dis que je suis jolie, entre guillemets, laisse tomber les guillemets", "les amoureux se roulent des pelles à gerber, et moi je veux que tu viennes me sauver", voilà le genre de trésors qu'exhale Prohibition, le dernier album de Brigitte Fontaine. Certains s'agacent encore des "excentricités", avec des guillemets, du "personnage". Comme si elle en faisait trop et en décidait ainsi. Brigitte est comme elle est, et elle "vous encule", dixit Prohibition. Moi, je prends, et sans forcer. Le fan que je suis a envie de répéter à quel point il faut écouter cette grande chanteuse, sans guillemets, qui n'a rien d'une moribonde, et tout particulièrement ses dernières chansons, sans doute les meilleures depuis Les Palaces, renouant avec ses sommets de beauté, de poésie, de vulgarité et d'autodérision, et tout en renouvelant son inspiration. Cette fois, la collision entre ses mots et les musiques d'Areski Belkacem a été saisie, avec délicatesse et légèreté, par le producteur Ivor Guest, déjà responsable de l'Hurricane de Grace Jones, qui s'offre également un duo orientalisant avec Brigitte. Brigitte / Jones, il fallait oser et je me prends à rêver d'une prestation commune des deux divas sur scène... Ou encore avec Philippe Katerine, bien plus percutant ici que ne l'était Olivia Ruiz sur la très politique Partir ou rester. Brigitte n'est pas folle, bien au contraire - elle illumine le monde, et nos petites vies avec.

lundi 5 octobre 2009

Florence Foresti


Je n'y allais pas à reculons, loin de là, mais avec une légère appréhension, du style : d'accord, Florence Foresti est drôle, d'ailleurs elle plaît à tout le monde, mais sera-t-elle VRAIMENT drôle, percutante, étonnante, bref saura-t-elle se renouveler et faire aussi bien voire mieux que d'habitude ? Grosse pression que je lui mettais (dans ma tête). Je me demande même comment elle y a survécu. Pourtant, quand la "comique" déboule comme une furie sur la scène du Palace, le doute n'est plus permis. Cette fille est tout sauf simple, banale, ordinaire, contrairement à l'image un peu lisse qu'elle véhicule parfois dans ses interviews. A son sujet, on a parlé (Stéphane Guillon notamment) d'humour consensuel, s'adressant au plus grand nombre, donc inoffensif. Raccourci fort bête qui ne se vérifie pas une seconde dans Motherfucker, son nouveau spectacle. Evidemment, le rire est franc et ne donne pas l'impression de brusquer, comme le font les comiques "méchants" et provocateurs qui ont l'impression de faire avancer le monde. Foresti fait rire, souvent aux larmes, parce qu'elle est naturellement, viscéralement drôle, rien que par sa présence physique, son corps, ses poses grotesques - et parfois sexy. Mais les thèmes qu'elle aborde et les mots qu'elle choisit pour les dire n'ont rien d'évident. Encore une fois, son féminisme s'exprime insidieusement, sans gros sabots mais avec légèreté et justesse. Sa façon de parler d'elle, de son nouveau "rôle" de maman notamment, a quelque chose de libérateur. Quitte à forcer le trait (il s'agit d'un spectacle, pas de confession intime), elle met à mal toute forme d'angélisme au sujet de la maternité ou de l'éducation. Je ne suis pas une mauvaise mère mais une mère mauvaise, semble-t-elle nous dire, et on la comprend. Foresti n'est pas qu'une mère, de la même façon que Motherfucker n’est pas un spectacle sur la maternité. Il est aussi question du couple, de l’âge, et beaucoup de notre époque, y compris dans ce qu’elle a de pire. Ce glissement vers le politique, le social, semble amorcer un tournant. Mais aucun risque de prise de tête ou de gravité; chez "Forest", comme elle s’appelle elle-même, l’autodérision a toujours le dernier mot.

jeudi 1 octobre 2009

Vitalic


Après la chronique mitigée sur un groupe mou du genou (je parle d'Air), voici celle, beaucoup plus extatique, dédiée à l'euphorisant Vitalic, un des Français parmi les plus estimés de la scène électro internationale. Parce qu'il la vaut bien (sa réputation). Lancé dès 2001 sur le label de DJ Hell, International Deejay Gigolo Records, avec le titre Poney, il égrène ses compositions à un rythme peu soutenu puisque quatre ans séparent son premier CD, OK Cowboy, du tout dernier, le stimulant Flashmob. Et, comme tous les artistes rares, il revient pour mieux se livrer, avec tous les arguments à même d'emballer les amoureux du dancefloor qui ont la fièvre du samedi soir chevillée au corps - et le rythme dans la peau. Concentré de disco boulimique, d'électro enjôleuse et de techno moite à forte consonance psychédélique, le disque du Dijonnais laisse peu de répit à l'auditeur que je suis, qui passe de sommets de transe en pics de température, grisé par la qualité et l'efficacité de l'ensemble, et ce, levons toute ambiguïté, sans l'aide d'aucun psychotrope... Vitalic, je vous dis !

MySpace Vitalic

mercredi 30 septembre 2009

Air


Alors alors... que vaut le nouvel Air ? Jusqu'à ce matin, Love 2 était en streaming ici. Et si on se fie aux commentaires Facebook des auditeurs qui défilaient en direct sur le site (ça c'est du marketing !), l'album est fabuleux, transcendantal, merveilleux, un petit bijou quoi. Et moi, j'en pense quoi ? Eh bien, pas grand-chose. Pour étayer un peu mon propos, je dirais que c'est bien fichu, mélodique et harmonieux, toujours baigné d'influences cinéma-acoustiques seventies, d'arpèges caressants et de voix qui susurrent à l'oreille des mots un peu stupides ("sing sang sung, sing me a song, don't be so dumb..."), bref que Air fait de l'Air, avec savoir-faire mais sans... mystère. On est donc en terrain connu, quoique agréable. L'album rappelle souvent celui que le duo avait concocté pour Charlotte Gainsbourg, tout en puisant dans leurs propres productions précédentes, une sorte de mise en abyme, d'autoréférence qui retrace leur parcours, de la musique décorative (dite "musique d'ascenseur") aux audaces formelles de 10 000 Hz Legend. Après plus de dix ans d'activité, la répétition guette et met au jour les limites d'Air. Mais, sans bouder son plaisir, on peut aussi très bien s'en contenter.

MySpace Air
YouTube Air