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mercredi 15 juillet 2009

Dark Night Of The Soul


Il y a l'histoire d'un disque qui, malgré ses qualités et son prestigieux casting (Sparklehorse, Julian Casablancas, Black Francis, Iggy Pop, Jason Lytle, David Lynch, Suzanne Vega...), a été interdit de sortie par son label d'origine, EMI (la faute à certains samples présents dans l'album et non autorisés, si j'ai bien suivi). Depuis, Dark Night Of The Soul a connu une seconde chance, sous la forme d'un livret-CDR avec illustrations de David Lynch (superbes), et de nombreuses vies qui prospèrent actuellement sur le Net de façon plus ou moins légale, notamment ici. Malgré la richesse de la distribution présente sur les titres du projet et les ego surdimensionnés qu'elle implique, il n'y a aucun risque d'indigestion à son écoute. Les deux meneurs de cette équipe de rêve, le producteur star Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Beck...) et le leader de Sparklehorse, ont su capter la noirceur de leurs âmes respectives, exprimée de façon plus atmosphérique que bruitiste. Seuls Iggy Pop et l'ancien chanteur des Pixies apportent un peu d'orage et d'électricité dans ce paysage globalement paisible et contemplatif, qui donne des envies de road movie à la Lynch, également présent à la bande-son. Pour se procurer l'objet (de culte), ou sinon écouter le disque en streaming, se rendre à cette adresse.

vendredi 10 juillet 2009

Public Enemies


J'ai souvent tendance à m'en prendre, gentiment, aux critiques de presse spécialisée pour leur snobisme, leurs partis-pris et parfois leur manque de discernement. C'est une affaire de goût, différent du mien, parfois de pose, mais je ne leur en veux pas pour ça. En revanche, le conformisme des mentalités m'exaspère plus franchement. Celui qui consiste, par exemple, à classer Woody Allen parmi les cinéastes mineurs parce qu'il ne semble pas sérieux, qu'il fait trop de films et que soi-disant il n'a jamais fait mieux que Annie Hall... Inversement, un réalisateur comme Michael Mann, qui vient de signer Public Enemies, s'attire systématiquement les faveurs de la critique, quasi unanime. Je compte moi-même parmi les fans de son cinéma ; Heat, Collateral ou même le remake de Miami Vice m'ont enthousiasmé. Mais à mes yeux Public Enemies est loin d'être le film moderne, original et hypnotique tel qu'il est "vendu" dans les colonnes de Télérama, Libé, Le Monde et j'en passe... Je n'ai rien vu d'autre qu'un film de gangsters ultraconventionnel, prévisible, à la mise en scène soignée certes, à la fois réaliste et sophistiquée, mais bourrée d'action sans contrepoint psychologique digne de ce nom. Les tirs de balle passent et se suivent, étirant le film en longueur : même pas mal et encore moins peur. Le duo Johnny Depp / Marion Cotillard est tellement convenu qu'on se fout de ce qui peut bien leur arriver. Le gangster reste un macho au coeur tendre, et sa bien-aimée une pauvre petite chose fragile et naïve, prête à tomber dans le panneau dès qu'on lui promet la lune. A la décharge de Michael Mann, elle finit par acquérir plus d'épaisseur dans les dernières minutes du film, et Cotillard est certes une bonne actrice, mais c'est un peu tard. Dans le rôle du gentil, Christian Bale est également très bon et autrement plus sexy que Johnny, mais Mann semble ne pas assumer complètement son penchant pour ce personnage et limite ses scènes au profit du méchant Depp / John Dillinger. Cette accumulation de petits ratés, que je suis tenté d'imputer au montage final (Hollywood a t-il eu le dernier mot ?), font de Public Enemies une oeuvre bien plus bancale et frustrante que maîtrisée et excitante.

mercredi 8 juillet 2009

Les Lois de l'attraction


Etre happé par l'expérience du vide sans avoir l'impression de perdre son temps, loin de là. La lecture des Lois de l'attraction de Bret Easton Ellis, écrit il y a une vingtaine d'années, procure cette sensation étrange, pour le moins déroutante. Comme avec American Psycho, le chef-d'oeuvre qui a rendu son auteur célèbre, ce livre impose une proximité avec le narrateur, en l'occurrence les narrateurs / personnages d'un campus américain dont on suit le point de vue de l'intérieur. L'écriture est brute, sèche, sans ornement ni artifice. Pour coller, le plus près possible, aux mentalités de ces étudiants quelque peu dégénérés, la langue se veut minimale, voire pauvre. Autant dire qu'il faut être un immense écrivain pour parvenir à transcender cette matière première en littérature. Easton Ellis, privilégié omniscient, parvient à s'infiltrer partout sans pour autant intervenir directement, ou même indirectement. Il y a sans doute de lui dans chacun de ces jeunes adultes un peu paumés, obsédés par la jouissance et la fête, cyniques et désincarnés, totalement étrangers à eux-même et aux autres, errant dans l'existence tels de frêles fantômes. Derrière cette vacuité de façade la perte de repères et de valeurs de cette génération perdue au milieu des années 1980 apparaît en pointillé. Seules les références musicales qui parsèment le livre font office de fil conducteur reliant les personnages les uns aux autres, tout comme la recherche d'un idéal un peu vain, fragile. Si moralisme il y a, il s'affiche derrière une ironie permanente, une distance bienveillante qu'on pourrait qualifier de lucidité. Une partie de la jeunesse actuelle, vouée au plaisir et à la défonce, pourrait facilement se reconnaître dans ces pages; d'ailleurs Bret Easton Ellis reste LA référence littéraire des 20-50 ans, mille fois copié, jamais égalé. Les Lois de l'attraction, oeuvre de jeunesse, n'a pas vieilli et continue d'inspirer toutes sortes de fictions actuelles, des films de Gregg Araki jusqu'à la série anglaise Skins. Certains voient de la complaisance dans ces déferlements orgiaques, d'autres une incitation à la débauche, là où il n'y a que clairvoyance et acuité du regard. Libre à chacun de trouver un peu d'ordre dans le chaos de l'existence et le miroir que ce livre / ces films nous tendent.

mardi 7 juillet 2009

Gossip


Gossip et sa chanteuse Beth Ditto avaient tout pour plaire à la presse "cool". Obèse, lesbienne et fière de l'être, elle s'est également distinguée pour ses coups de gueule - le plus récent visait, à ma grande joie, cette petite garce opportuniste de Katy Perry qui a imposé à la terre entière un I Kissed A Girl beaucoup plus racoleur que gay friendly. Quant à la musique de Gossip, rock brut et vociférant, elle enthousiasmait les critiques musicaux pointus en mal de sensations fortes. Ca, c'était avant le Gossip nouveau, Music For Men, un peu trop "mainstream" à leur goût. Certains, comme le magazine Magic, saluent néanmoins la qualité du single Heavy Cross, tout en précisant qu'il souffre de la comparaison avec l'ancien tube de Gossip, Standing In The Way Of Control. De mon point de vue d'auditeur ordinaire, il se trouve que je m'intéresse enfin à la musique de ce groupe. Jusqu'ici je trouvais le chant de Beth Ditto criard, saoulant, et ses chansons monotones, uniformes, malgré son lot de décibels et de guitares enfiévrées. Aujourd'hui Heavy Cross m'envoie une décharge d'adrénaline, tel un ado pubère, à chaque écoute et l'album entier, qui en effet s'acoquine avec la disco et les mélodies, déborde d'énergie communicative. Désormais Gossip fait danser, sans non plus avoir muté du tout au tout. Les pop-rockeux ne veulent pas voir leur idole s'encanailler avec la populace. Pour ma part, son succès croissant, inéluctable, me remplit de joie.

MySpace Gossip

lundi 6 juillet 2009

Whatever Works


Il y a de quoi être blasé quand on a passé la trentaine, qu'on vit dans une grande ville comme Paris et que, depuis 1989, année de Crimes et délits et de mes quatorze ans, on se rend chaque année au cinéma pour voir le nouveau Woody Allen. Qu'attendre d'un réalisateur qu'on a l'impression de connaître par cœur, avec son univers, ses personnages typiques et ses obsessions, qui a parfois déçu, lassé, telle une vieille connaissance ou un partenaire usé dont on a l'impression d'avoir fait le tour ? Pourtant, comme celle des couples mûrs et en dépit des variables de sa filmographie, ma relation avec Woody Allen dure. Elle commençait à s'essouffler il y a une dizaine d'années et puis, avec Match Point, elle est repartie de plus belle. Ce week-end, en allant voir Whatever Works, le vieux brisquard m'a encore bluffé. Longtemps que je n'avais pas ri comme ça devant un film. Longtemps que je n'avais pas été surpris par son scénario et l'enchaînement des scènes, aussi grossiers soient-ils. Comme on dit parfois dans le vaudeville, plus c'est gros et plus ça passe. Chez Woody Allen, c'est énorme à plus d'un titre (et rien de graveleux là-dedans !). Ceci dit, avec l'âge, le cinéaste se lâche de plus en plus. Sous des tonnes d'humour, il parle notamment de la différence d'âge et plus globalement de toutes les différences dans le couple. Le pessimiste angoissé laisse place à un hédoniste qui s'assume. Le monde va mal et la condition humaine est plutôt insupportable alors tâchons de rendre l'épreuve la plus joyeuse possible : c'est un peu la morale (amorale) de Whatever Works, œuvre drôlement désespérée qui fait un bien fou.

vendredi 3 juillet 2009

Les Vacances de M. Hulot


De la fraîcheur, encore. Au-delà de sa thématique estivale, le film de Jacques Tati, restauré et présenté dans le dernier montage voulu par le réalisateur, celui de 1978, réveille de la torpeur ambiante. Les Vacances en question datent de 1953, autant dire une éternité. Tati, toujours en avance sur son temps, se fait d'ailleurs une joie d'épingler le côté vieillot des usages de l'époque. Derrière le film pour enfants clownesque, sorte de Chaplin à la française, l'ironie de Tati transpire dans chaque scène. Les bourgeois en goguette, les vacanciers acariâtres, l'intello fumeux ou la bimbo un peu raide semblant sortir des pages d'un magazine, tous ces saisonniers en prennent pour leur grade mais, spécificité du cinéaste, sans l'ombre d'une méchanceté. C'est à la fois du divertissement (Tati-Hulot, un peu comme Pierre Richard, est naturellement drôle et attendrissant) et du grand art, avec des inventions visuelles permanentes et un minimum de dialogues. Tati était un génial observateur de son temps. On rêve de ce qu'aurait pu saisir son regard sur le nôtre, avec son lot de bêtise, de ridicule et de fatuité...

jeudi 2 juillet 2009

Jens Lekman


C'est vrai que depuis Jack Peñate, je ne cache plus mon penchant pour les beaux garçons chanteurs. C'est terriblement injuste mais c'est un fait incontestable et incontesté : un beau mec / une jolie fille a plus de chances de trouver du travail et, si c'est un artiste, d'attirer l'attention. Ce matin même, je me suis senti subitement interpellé par le sort de Jens Lekman, chanteur suédois. J'apprends que le Morrissey local est revenu du Chili avec la grippe porcine, mais qu'il va mieux. Ouf, me voilà rassuré, mais ce coup de sort n'a pas que du mauvais puisque je m'empresse de réécouter celui qui a déjà sorti trois albums et... mais oui, dans le genre pop qui se respecte, tout en nonchalance mélancolique, non dénuée d'esprit et d'humour, c'est trop bien ! La voix est renversante, les chansons tour à tour épurées ou somptueusement habillées, piochant dans les choeurs, les cuivres, le piano, les cordes et j'en passe. Sur Oh You're So Silent Jens, compilation de plusieurs Ep's datant de 2004, Jens rivalise de tristesse et d'entrain, si bien qu'on ne sait plus lequel des sentiments prime ni sur quel pied danser. C'est tout en contrastes et globalement très beau. Je souhaite donc un prompt rétablissement à ce grand explorateur des extrêmes qui m'a rafraîchi ce début de journée (et c'est pas rien).



MySpace non-officiel mais l'officiel déconne.

mardi 30 juin 2009

Just Jack


Comment faire oublier un rendez-vous assedic (pôle emploi, ça sonne mieux) foireux ? Où les conseillères, bien que joviales et sympathiques, ne peuvent rien pour vous et ne s'en cachent pas ? D'abord, si possible, crier / pleurer un bon coup, histoire d'évacuer les pulsions haineuses et stériles qui vous traversent l'esprit et le reste. Sinon, rédiger une lettre remontée contre le vilain patron qui vous balade depuis des mois et mise sur votre manque de persévérance pour faire valoir vos droits. Enfin, et c'est sans doute la seule action digne de ce nom, chercher une nouveauté à se mettre sous l'oreille. Le dernier Just Jack, All Night Cinema, fera l'affaire, avec son flow doucereux, plus électro-pop que hip hop, prompt à apaiser les sens à vif. On pourra trouver ça inoffensif et plagiaire, entre Robbie Williams dernière mouture, Phoenix ou même Calvin Harris, moi, ça me convient parfaitement, avec ce qu'il faut de légèreté et d'allégresse pour accompagner l'été, loin des importuns.



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lundi 29 juin 2009

Michael Jackson


Plus d'une semaine d'absence, entre-temps un certain mythe du monde de la musique a définitivement plié bagage mais, promis, je n'irai pas de mon couplet "ah que c'est malheureux et quel génie, mon Dieu, quel grand artiste nous perdons là...". La vague de réactions désolées, que je partage en partie, me rappelle celle qui avait suivi, en France, la mort de Serge Gainsbourg et surtout l'engouement propre aux artistes fraîchement décédés (pardon pour l'expression). Avec Michael Jackson, c'est encore plus flagrant, de par son statut international mais surtout à cause de sa fin de parcours. A part ses vrais fans, purs et durs, plus personne ne croyait en lui et il continuait de subir les moqueries, voire l'opprobe, du plus grand nombre. Depuis le 25 juin 2009, Bambi est passé dans une tout autre catégorie, celle qu'on lui collait il y a une vingtaine d'années lorsqu'il était au sommet de sa carrière : génie musical de la fin du XXe siècle. Ce sont d'ailleurs les chansons des Jackson Five, ou encore de l'album Thriller qu'on entend actuellement en boucle, où qu'on soit. Samedi matin, Barcelone, plage de Mar Bella, Michael Jackson. Samedi soir, Paris, soirée Popin Gay au Point Ephémère, encore Michael Jackson. Bambi refait pleurer dans les chaumières et surtout danser, c'est à la fois triste et tant mieux. Comme presque tous les garçons et les filles de mon âge (33), j'ai moi-même acheté ses vinyles avant de les racheter en CD. A 21h30 jeudi soir, sur mon ordinateur portable, la chanson Jam joue via la playlist de DJs espagnols, The Chasers, que je me prépare à entendre à la soirée Somoslas de Barcelone. De retour à l'hôtel dans la nuit, j'apprends la mort de l'artiste. Ce soir-là, des milliers de gens ont vraisemblablement vécu la même coïncidence.

vendredi 19 juin 2009

Jack Peñate


Alors que le vieillissant Ricky Martin sort enfin du placard (quoique de façon ambiguë, à la Christophe Willem), un sexe-symbole d'un tout autre style, anglais celui-ci, s'apprête à faire des ravages. Pourquoi ça ? D'abord, comme on peut le constater facilement par soi-même, Jack Peñate est beau mais aussi charmant, dans le genre übersexuel, viril juste ce qu'il faut pour attirer garçons et filles, quelle que soit leur orientation sexuelle. Cette séduction naturelle s'applique également à sa voix, légèrement cassée et androgyne, capable de monter dans les aigus avec beaucoup d'effet. Enfin et surtout, Jack Peñate, dont l'album Be The One (sortie le 23 juin) est déjà son deuxième essai, confronte le pop-rock un peu académique de ses débuts à des rythmes latinos dansants à mille lieues de la Macarena et autres Lambada, au jazz et à l'électro, soutenu par des chœurs récurrents et chaleureux. Ce mélange des genres a le mérite d'être original tout en galvanisant les foules prêtes à reprendre à l'unisson des paroles aussi incongrues que "Let's all die !" Pour juger de la différence de cet artiste bientôt incontournable, il suffit de visionner le clip de Tonight's Today, foufou et jubilatoire :



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