La pluie, avant qu'elle tombe


C'est un titre mystérieux qui prend tout son sens lorsqu'on referme ses pages. Le livre de Jonathan Coe, l'auteur anglais de Testament à l'anglaise, m'a subjugué pour plusieurs raisons : d'abord sa narration, la façon de poser son / ses histoire(s) : on est dans le roman pur, qui prend du plaisir à raconter et en donne beaucoup - comme les Anglo-Saxons savent si bien le faire -, mais aussi dans l'effet de réalité, de miroir, où chacun est amené à se reconnaître, d'une façon ou d'une autre. Je pourrais résumer La pluie, avant qu'elle tombe, à une question de perspectives, de reflets et de faux-semblants. L'écrivain veille à les révéler, voire les traquer, à travers cette saga familiale qui dessine ses contours peu à peu, avec une infinie délicatesse. Pas de psychologie lourde, bien que le roman baigne dans la psychanalyse, mais un art de la nuance et du détail et une faculté à décrire et à ressentir transcendent cette fiction où il est beaucoup question, entre autres, de transmission. Ici, la mélancolie domine, et la catastrophe, menaçante, n'est jamais loin. Mais la lucidité du regard, parfois foudroyante, fait aussi, paradoxalement, beaucoup de bien. Je n'ai pas vraiment envie d'en rajouter plus, si ce n'est de dire que oui, il faut lire ce livre, qui redonne foi en l'écriture en général et les romans en particulier.