Moonlight dans ta face

162340.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Je n'ai pas vu La la Land, pas certain d'en avoir envie, quoique, j'avoue, un peu plus depuis qu'il a loupé l'Oscar. Comme beaucoup, j'ai suivi l'épisode heureux-malheureux de la cérémonie, Moonlight qui repart finalement avec la statuette suprême, Le Figaro qui dénonce "l'idéologie" d'un film au seul prétexte qu'il met en scène un Noir, pauvre, gay, etc, et de l'autre côté une presse dithyrambique qui salue presque à l'unisson une œuvre "lumineuse" (ben oui, Moonlight-clair de lune = c'est lumineux… quel talent !). Et puis moi qui, un peu fatigué d'entendre parler d'un film que tout le monde a vu mais quand même motivé, finit par aller voir Moonlight et ses beaux acteurs (dont Mahershala Ali, dans le rôle du père de substitution, qui a obtenu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle). Et comme souvent, avec les œuvres dont on a beaucoup parlé, un fossé s'installe entre le brouhaha-effervescence médiatique et ma perception (subjective, forcément) des choses. Il y a trois parties dans Moonlight. Celle du petit Chiron, dit Little, le garçon de dix ans, suivie par l'adolescence et le jeune adulte. J'ai trouvé la première un peu laborieuse, à l'exception des scènes, émouvantes, avec Mahershala Ali et la divine Janelle Monáe (Penser à se réincarner en elle dans une prochaine vie…). Le film peine à trouver un rythme et on aurait presque envie de l'accélérer. La deuxième, celle des années de lycée, est la plus réussie. A ce moment, la vérité du personnage éclore tout en étant immédiatement menacée par le seul fait d'exister, une déchirure propre aux jeunes LGBT que le réalisateur Barry Jenkins a très bien su capter. Il amorce aussi une histoire de la violence, celle d'un garçon qui, dans le monde cloisonné où il vit, ne peut plus se permettre d'être inoffensif, et dont on comprend très bien les ressorts. Malheureusement la dernière partie, pataude et plus irréelle, se noie dans les bons sentiments et rate un peu sa sortie – du drame, en l'occurrence. Un Moonlight plus clair-obscur que lumineux au final, mi-sublime mi-raté, avec plein de défauts mais aussi quelques réussites à l'intérieur. Je n'aurai pas d'avis tranché donc pour ce film qui m'a plu ET déplu, pardon (ou pas) pour la contradiction et les nuances. Comment on dit, déjà ? Ah oui : lunatique.