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samedi 28 février 2015

Vernon Subutex

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Comme une envie de garder en soi, le plus longtemps possible, l'énergie, la rage, l'ardeur. Finir le dernier roman de Virginie Despentes, c'est comme en terminer avec une série chérie qu'on n'a vraiment pas envie de quitter. Sentiment idolâtre, forcément immature, qui fait passer le réel, en comparaison, pour un monstre de fadeur et d'insignifiance. Pourtant, Vernon Subutex n'a rien du roman exotique, voyageur. Il s'offre un court détour par Barcelone, l'autre ville de cœur de Despentes, mais il ne risque pas de nous faire oublier la laideur, la violence ni la cruauté de notre époque. Au contraire, il nous met bien le nez dedans. La réalité en pleine face tel un uppercut qui ébranle avant de laisser K.O., mais bizarrement, on en voudrait plus, on en redemande, et on sait qu'elle viendra, la dose supplémentaire, car Vernon Subutex n'a pas dit son dernier mot. Virginie Despentes à beaucoup à envoyer, un shoot rock and roll et remontant, un flux d'écriture à lire et à méditer. Rien de tel pour parer au vide et à la connerie ambiante. Ce loser magnifique qu'est Vernon, on est lui, ou pas, au fond peu importe. On n'est pas non plus forcément Xavier, le "connard de droite" qui occupe une place importante dans le roman, mais il faut l'écouter. Le livre n'est tendre avec personne et pourtant il se garde bien de juger. Là n'est pas son rôle, ni sa vocation. Son regard percute, malmène, décortique mille fois mieux le réel que le prétendu miroir que voudrait nous renvoyer nos écrans d'informations. Vernon Subutex est une fiction qui dit vrai. Et malgré la pourriture, la puanteur et les aberrations de ce monde, elle donne à voir de la beauté.