Requiem pour la norme

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Lorenza Böttner. Requiem pour la norme. Commissaire de l’exposition : Paul B. Preciado. Ce Requiem pour la norme, c’est aussi l’occasion de dire adieu à ce qui limite, enferme, aveugle. C’est certain, on en sort un peu moins con. Qu’on le veuille ou non, nous sommes souvent piégés, à des degrés divers, dans des croyances, des goûts, des attirances. La peur, le dégoût, le sentiment de l’inconnu n’y sont pas étrangers. Et nos réponses à ces limites de notre propre esprit sont insuffisantes, voire déplacées. Née au Chili dans une famille allemande, Lorenza Böttner (1959-1994) n’aura cessé de jouer, danser, lutter contre les diktats politiques et esthétiques de nos sociétés. Ces insuffisances, ces carences de vision, de bon sens et d’intelligence, elle les a placées au cœur de son art. Amputée de ses bras, à 8 ans, à la suite d’un accident électrique, elle a renversé cette catastrophe et, refusant toute solution de prothèse, choisi de se compléter, dans son quotidien comme dans son art transversal (photo, dessin, danse...), pas de à-bras-le-corps donc mais avec des moyens inexploités. La bouche et les pieds pour tenir le pinceau, et surtout un corps et une identité non pas tronqués, amputés de quelque chose, mais prolongés, réappropriés, au-delà de l’affirmation de soi unique et tristement monolithique. Transformer l’horreur, le monstrueux en beau, repousser les limites du réel, démultiplier le champ du possible. Cela passera par l’identité de genre, la sexualité, un questionnement sur l’altérité et la différence et un tropisme pour les minorités réprimées qui l’amène à s’intéresser à la prostitution ou à la violence policière. Le sujet, c’est elle, Lorenza Böttner. Et vingt-cinq ans après sa mort, due au sida, elle nous renvoie encore à nos vies - pauvrement instagramées - et de l’urgence qu’il y a à se réinventer.

Jusqu’au 3 février 2019 au Palau de la Virreina, Barcelone.